L'amour est mort, vive la haine

C'est à la Belgique, largement présente dans ce Festival et ses sélections parallèles, remarquablement représentée par “les frères” bien sûr (Le Silence de Lorna), mais aussi par Joaquim Lafosse (Elève libre), Bouli Lanners (Eldorado), Christophe van Rompaey (Moscow, Belgium), le trio Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy (Rumba), sans compter d'autres coproductions comme Home d'Ursula Meier, Le Sel de la mer d'Annemarie Jacir ou Les Bureaux de Dieu de Claire Simon, que CinémaS dédie cette 61e édition.

Non content de comporter – si ce n'est un petit coup de pouce du Norvégien Bent Hamer avec O'Horten et les court et long des frères américains Benny et Josh Safdie (The Acquaintances of a lonely John, The Pleasure of being robbed) – les rares films qui aient daigné chatouiller nos zygomatiques, ce cru symbolise également les principaux thèmes explorés par la centaine d'autres œuvres visibles à Cannes et hantées par la responsabilité, à savoir : la barbarie omniprésente (L'Echange, Blindness, Gomorra, Versailles, Los Bastardos, De la guerre, My Magic), les limites que l'on franchit plus ou moins allègrement (Entre les murs, Linha de passe, Involontaires, Quatre nuits avec Anna, Adoration), l'écrasante victoire de la haine (Un conte de Noël, Les Sept jours, Il Resto de la notte…), la désespérance (Better things, Desierto adentro, Lonely tune of Teheran, Leonera, L'Etranger en moi…), la transmission (Acné…).

Puisque de Belgique il est question, c'est le plus grand Belge de tous les temps, Jacques Brel, mort il y a trente ans de n'avoir pu faire autrement et que l'accueil réservé à son Far West par le Festival cinq ans plus tôt marqua durablement, qui guide ces pages. De l'amour, ne reste plus aujourd'hui que La Frontière de l'aube, la misère est sans frontières, le monde a peur et il n'y a définitivement plus de place pour le rêve.


Marie-Jo Astic