Divines
de Houda Benyamina
Quinzaine des Réalisateurs
Caméra d'or



La fureur de vivre

Dans une banlieue où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser sa vie... Dans la série des films de cité qui constituent désormais un genre en soi, Divines a suscité un enthousiasme considérable que l'on peut trouver excessif compte tenu des maladresses de ce premier film pourtant non exempt de qualités. Divines n'a en effet ni l'élégance de Bande de filles, ni la force d'Entre les murs, ni la rigueur du récent Chouf. Houda Medyamina a certes le mérite d'éviter le cinéma consensuel et d'assumer une anti-héroïne antipathique et hautaine, qui dénonce l'aliénation de ses pairs tout en cherchant à les humilier et à les exploiter. La réalisatrice en brusquant le spectateur par d'inattendues ruptures de ton a le sens du rythme et propose un montage incisif, qui n'est pas sans évoquer les œuvres de Spike Lee, cinéaste qu'elle admire au même titre que Pasolini, Fassbinder ou Scola. On retiendra surtout de Divines la relation passionnée entre Mamouna et Djigui, à travers des séquences de répétition d'un spectacle de danse d'une troublante beauté, qui contrastent avec le quotidien trash des protagonistes.

« Mon mot d’ordre est l’ampleur, l’organique. Je voulais faire un film opératique en restant connectée à la vérité [...]. On a choisi d’insister sur les contrastes entre haut/bas, spirituel/politique, obscurité/clarté… On s’est basé sur des dossiers iconographiques, on s’est livré à des repérages. Selon moi, le cinéma est la réconciliation de tous les arts : musique, peinture, littérature. Mais je ne souhaitais pas non plus que la forme prenne le pas sur le fond, que Divines devienne un exercice de style dépourvu de sens. J’avais peur de ne pas rester en phase avec l’histoire : grâce à mon équipe, on a créé du sens, on l’a transcendé, et on l’a intégré à la personnalité des héroïnes ». Ces propos tenus par la réalisatrice lors d'un entretien avec CineSeriesMag révèlent la sincérité de sa démarche. Pour autant, Divines est desservi par un scénario qui n'évite pas certains poncifs, du cours en BEP Accueil qui dérape aux archétypes parentaux (la mère alcoolique et à l'ouest), en passant par l'inévitable trafic contrôlé par une jeune femme qui ferait rougir le De Niro des Nerfs à vif de Scorsese. Les deux jeunes actrices sont certes investies mais n'évitent pas le surjeu. Enfin, des coquetteries de style visuelles et sonores (ralentis, musique classique redondante) mènent parfois au pompiérisme. Mais Houda Medyamina a un réel talent qu'il faut encourager.

Gérard Crespo

 



 

 


1h45 - France - Scénario : Romain COMPINGT, Houda BENYAMINA, Malik RUMEAU - Interprétation : Oulaya AMAMRA, Déborah LUKUMUENA, Jisca KALVANDA, Kévin MISCHEL, Yasin HOUICHA.

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