Au-delà des collines
Dupa dealluri
de Cristian Mungiu
Sélection officielle
En compétition

Prix d'interpétation féminine : Cristina Flutur et Cosmina Stratan
Prix du scénario







L'exorciste

Cinq ans après la Palme d'or attribuée à 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Cristian Mungiu revient en compétition officielle avec un récit tout aussi oppressant, et en reprend en partie la trame. Deux jeunes femmes dont l'une s'avère très perturbée doivent affronter un environnement hostile en dépit (ou à cause) de sa normalité faussement rassurante. De longs plans séquences scrutent Alina et Voichitan, orphelines réunies dans un monastère qu'elles doivent quitter dans les prochains jours, pour rejoindre l'Allemagne. Très vite, on oublie que le récit est adapté d'une œuvre basée sur un fait divers qui défraya la chronique roumaine : une adolescente venue rendre visite à une jeune religieuse fut supposément soumise à un exorcisme et mourut en quelques semaines. On se doute que Mungiu ne se focalise pas sur la dénonciation d'une institution religieuse rigide, ni même sur les travers d'une société étriquée, en dépit de séquences révélatrices de son acuité : une hospitalisation bâclée révélant une médecine bureaucratique fait écho au constat glacial de La mort de Dante Lazarescu ; l'évocation des 464 péchés recensés par l'Église orthodoxe est mise en parallèle avec le paradoxe de religieux respectant règles et interdits alors qu'ils appliquent si peu l'essence et la sagesse du christianisme à leur vie de tous les jours. Là s'arrête la dénonciation du réalisateur qui n'est ni Cayatte ni Buñuel.

Mais le thème de l'exorcisme ne doit pas non plus laisser penser à une trame fantastique ou un documentaire mystique : les fans du film culte de William Friedkin ou de Requiem (Hans-Christian Schmid, 2006) ne doivent pas s'attendre à des effets ostensibles ou un suspense insoutenable. En empruntant à différents genres sans aller jusqu'au bout de leurs conventions, Mungiu pourrait sembler hésitant et survoler différents projets narratifs mais tel n'est pas le cas. La force de Au-delà des collines est de synthétiser ces pistes et de garder son mystère malgré ses dialogues explicatifs, sa linéarité dramatique et le cadre psychologique que le cinéaste impose pendant près de trois heures de projection. Aucun plan n'est inutile, nulle fioriture ne vient égayer cette magistrale réflexion sur le l'indifférence et la tolérance, le libre-arbitre et l'aliénation. Cosmina Stratan et Cristina Flutur forment un de ces duos féminins majeurs du cinéma, dans lignée de Shelley Duvall et Sissy Spacek dans Trois femmes ou d'Elodie Bouchez et Natacha Régnier dans La vie rêvée des anges. L'ambiguïté des sentiments et relations de leurs personnages (troublante scène de massage au début du film) ainsi que la sobriété de leur jeu ont été justement récompensées d'un double prix d'interprétation.

Gérard Crespo

 

 

 


2h35 - Roumanie - Scénario : Cristian MUNGIU, d'après l'oeuvre de Tatiana Niculescu Bran - Interprétation : Cosmina STRATAN, Cristina FLUTUR, Valeriu ANDRIUTA.

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