En présence d'un
clown

Téléfilm de Ingmar Bergman
avec Carl Akerblom, Erland
Josephson ...
Sélection officielle
Un Certain regard

Grosse fatigue : Le dernier Bergman a été présenté à Cannes à la presse et à un public anxieux et conquis d'avance : la grand'messe a donc eu lieu et quoiqu'en dise M. Freddy Buache, ce téléfilm n'est pas l'événement du festival 1998 (M. Buache est prié de relire Bourdieu sur la distinction) ! On y retrouve les thèmes du "maître" tissés dans un laborieux et pesant téléfilm à dominante rouge, une couleur qui s'avère difficilement supportable sur un écran cathodique : la maladie mentale, physique (tuberculose et syphilis), la mort (représentée par un clown), les affres de la création et le spectacle (invention du son synchrone à l'image dans les années trente, musique, théâtre), etc. Il faut, en outre, connaître la vie privée du "maître" pour reconnaître les clés derrière les personnages ou bien lire le nodule critique de Télérama Ní 2523 ! Aux raideurs formelles (un cadre académique à la lumière étale due à l'absence de contraste de l'éclairage vidéo, enserrant une scénographie conformiste digne du théâtre de boulevard — les coulisses du cinéma de village valent leur pesant de kitch !), s'ajoute en termes de contenus, un scandaleux parti pris qui constitue un des messages importants de cette œuvre. Bergman y assène que le théâtre est supérieur au cinéma ! C'est ce que déclare le professeur Vogler interprété par le mythique Erland Josephson : suite à la projection cinématographique interrompue par un incendie, les acteurs achèvent le spectacle en le jouant devant les villageois qui se sont déplacés par une nuit glaciale — et nous achèvent, spectateurs réels, en même temps... Bergman développe un discours hiérarchisant les arts que personne n'ose relever et critiquer au risque de paraître iconoclaste. Arte, "chaîne du cinéma", participe de cette entreprise de dénigrement avec une production bavarde qui n'innove en rien plastiquement parlant. Trente ans après les événements de mai 1968, il est toujours interdit d'interdire, mais si le "maître" ne peut plus ou ne veut plus faire du cinéma — ou de l'image —, qu'il laisse la place à d'autres et ne draîne pas pour lui la manne financière pour nous asséner un laborieux message télévisuel codé. On ne saurait être et avoir été !

André Menguy

 

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