Zombillénium
de Arthur de Pins & Alexis Ducord
Sélection officielle
Hors compétition

Séance enfants









Mes zombies bien-aimés

Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement, zombies, vampires, loups-garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes ; bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité... Jusqu'à l'arrivée d'Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le vampire qui dirige le Parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Muté en drôle de monstre, séparé de sa fille Lucie, et coincé dans le parc, Hector broie du noir... Et s'il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium ?
Arthur de Pins avait été révélé par deux courts métrages d’animation (Géraldine et Révolution des crabes), avant de dévier vers la bande-dessinée : ce fut Zombillénium, publié dans la revue Spirou, et récompensé au Festival d’Angoulême. Pour sa transposition au grand écran, le cinéaste s’est assuré le concours du réalisateur, scénariste et concepteur de story-board Alexis Ducord, ainsi qu’une équipe artistique et technique au diapason : David Nasser pour la direction de l’animation, Sébastien Rossi pour la supervision 3D ou Eric Neveu à la musique contribuent à la réussite de cette œuvre qui devrait toucher tous les publics dont les 8-12 ans. « Nous voulions un grand panel de monstres fantastiques sur le film en les catégorisant : les zombies, qui représentent le peuple, les vampires plus huppés, et les loups-garous qui devaient avoir un rôle important, mais qui ne sont plus très présents dans le film », a déclaré le réalisateur. À l’instar de beaucoup d’œuvres contemporaines (dont Shrek) s’adressant aux enfants avec des clins d’œil à leurs accompagnateurs, Zombillénium délivre un discours de tolérance et de solidarité, dépassant le message éculé sur la « beauté intérieure des laids ».


Il préfère le ton d'une satire pince-sans-rire des rapports sociaux : le mépris de classe incarné par les actionnaires du parc d’attractions ou le management d’entreprise véhiculé par les petits soldats de la rentabilité sont présentés comme littéralement méphistophéliques, quand certains personnages dont la sorcière Gretchen représentent la subversion et la résistance au décervelage ambiant. Mélange de Séréna, la sœur de Ma sorcière bien-aimée, et de la Dominique des Visiteurs du soir, cette envoyée du Diable himself est la figurine la plus attachante parmi une galerie de Freaks qui dénotent des références de choix dans l’univers d’Arthur de Pins : King Kong, La Belle et la Bête ou Edward aux mains d’argent hantent indiscutablement le film, et aux vampires aseptisés et bon chic bon genre de Twilight, les auteurs préfèrent (et nous aussi) les plus inquiétantes et horrifiques créatures de George Romero… Même si aucun gag n’est franchement désopilant (hormis le plan final, qui rappelle le dénouement de La Folie des grandeurs), et en dépit d’un inévitable sentimentalisme marqué par la relation entre la petite fille et son papa, Zombillénium dégage une vraie grâce et un punch indéniable. Et il faut souligner son graphisme novateur : le travail sur les ombres et les contrastes est remarquable et le dessin parvient à concilier une esthétique de cartoon et un style hyper réaliste, l’action se situant dans une ville (dés)industrialisée du Nord de la France. Au final, Zombillénium a bien mérité sa sélection aux Festivals d’Annecy et de Cannes et aura sa place dans l’histoire du cinéma d’animation français.


Gérard Crespo



 

 


1h20 - France - Film d'animation - Scénario : Arthur de PINS, Alexis DUCORD, d'après la bande dessinée d'Arthur de Pins - Production : Henri MAGALON - Distribution : GEBEKA FILMS.

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