Une vie violente
de Thierry de Peretti
Semaine de la Critique
Séance spéciale









« Tu m’as pas élevé comme un lâche »

Malgré la menace de mort qui pèse sur sa tête, Stéphane décide de retourner en Corse pour assister à l’enterrement de son ami d’enfance, assassiné la veille. C’est l’occasion pour lui de se rappeler les évènements qui l’ont vu passer, petit bourgeois cultivé de Bastia, de la délinquance au radicalisme politique et à la clandestinité… Thierry de Peretti était l’auteur d’un beau premier long métrage, Les Apaches, qui peignait avec délicatesse le désarroi d’une certaine jeunesse corse. Il récidive dans cette thématique, donnant à son second film une veine davantage autobiographique. Le personnage central de Stéphane est en effet inspiré de jeunes hommes que le réalisateur, né en Corse, a pu côtoyer dans ses années de lycée et d’université, et en particulier Nicolas Montigny, militant nationaliste tué à Bastia en 2001. C’est qu’Une vie violente se déroule dans le contexte de la fin des années 90, période de tension maximale entre les indépendantistes et l’État français, et de « guerre fratricide » entre le FLNC-Canal Habituel et le FLNC-Canal Historique. Pris dans un engrenage qui le dépasse, Stéphane devient complice des indépendantistes par hasard (en acceptant de garder une mallette remplie d’armes), puis par conviction politique, au nom d’une cause à laquelle il adhérera pleinement, en dépit de son regard critique sur l’organisation et les méthodes utilisées.

« Ce film est un hommage à tous ces jeunes gens perdus ou assassinés. Mais aussi la promesse d’un dialogue entre une génération oubliée perdue, massacrée et une autre, vivante et exaltée, qui l’incarne à l’écran », a déclaré le réalisateur. Refusant la reconstitution illustrative et une démarche de narration classique, Thierry de Peretti mêle un désir d’authenticité (acteurs non-professionnels locaux avec véritable accent corse, description des rituels familiaux ou amicaux), avec un souci de distanciation permettant d’éviter le spectaculaire et le pathos, comme si Depardon ou Garrel se lançaient dans le polar. Le résultat n’est hélas pas concluant. Le jeu faux des interprètes, le manque de moyens évident, un rythme incertain, des dialogues confus, ou la difficulté pour le spectateur à identifier tous les protagonistes ternissent la portée d’un film dont la sincérité et les bonnes intentions de son auteur ne sont pourtant pas en cause. Si certaines séquences sortent du lot (le premier meurtre en plan fixe, un repas de femmes à la fois drôle et glaçant), Une vie violente s’avère vite un pétard mouillé, loin de la qualité d’œuvres ayant abordé un sujet voisin, comme Un prophète de Jacques Audiard ou Chouf de Karim Dridi.

Gérard Crespo

 



 

 


1h47 - France - Scénario : Thierry de PERETTI, Guillaume BREAUD - Interprétation : Jean MICHELANGELI, Marie-Pierre NOUVEAU, Henry-Noël TABARY, Délia SEPULCRE-NATIVI, Cédric APPIETTO.

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