Sans pitié
Bulhandang
de Byun Sung-hyun
Sélection officielle
Hors compétition

Séance de minuit








« Vous reprendrez bien un peu de poisson ? »

En prison, Jae-ho, est le leader suprême, il fixe les règles et les détenus les suivent. En dehors, il est le second d’un des plus gros gangs de la péninsule. Sa dictature pénitentiaire se retrouve chamboulée après l’arrivée Hyun-soo, électron libre qui ne se laissera pas mener à la baguette… Après Internal Affairs d’Andrew Law et Alan Mak, les polars de Na Hong-jin (The Chaser, The Murderer), ou de Bong Joon-ho (Memories of Murder), cet autre thriller coréen au pitch alléchant était attendu avec curiosité. Il s’agit du troisième long métrage de Byun Sung-hyun, dont les précédents films (le drame musical The Beat Goes et la comédie romantique Whatcha Wearin’ ?) restent inédits en France. Pour sa première incursion dans le policier, le réalisateur est resté strictement fidèle au genre, refusant notamment de le mêler à des éléments de fantastique ou de films de vampires, comme cela fut respectivement le cas avec The Strangers de Na Hong-jin ou Dernier train to Busan de Yeon Sang-ho, qui éblouirent la Croisette l’an passé. Le récit de ce jeune loup qui vient remettre en cause l’autorité d’un caïd dans un centre pénitencier est même traditionnel sur le papier, et emprunte ses conventions à de nombreux films de prison qui ont servi de modèle, dont Un prophète de Jacques Audiard et The Raid 2 : Berandal de Gareth Evans.

Les dialogues co-écrits avec Kim Min-soo sont d’une ironie mordante, et l’on assiste, avec plus de jubilation que les personnages, à un festival de manipulations, coups bas et traîtrises en tous genres. Visuellement, le film honore son contrat, bien servi par une photo contrastée (de Cho Hyoung-rae) et des décors réalistes (de Han Ah-rum) qui ne rendent que plus saisissantes les chorégraphies de combat et les scènes de règlements de compte, inventives et baroques. Si plusieurs séquences révèlent une vraie virtuosité, on retiendra surtout l’ouverture où des seconds couteaux savourent des poissons crus sur un charmant port de plaisance, avant de se faire exploser la cervelle. Il faut aussi souligner le duo d’acteurs principaux, qui fonctionne à merveille : Sul Kyung-gu, interprète fétiche de Lee Chang-dong (Peppermint Candy, Oasis) compose ici un fabuleux bad boy, regard menaçant et rire sardonique, quand Yim Si-wan, membre du groupe pop ZE : A, incarne avec conviction l’ange manipulateur. Il manque toutefois à cet agréable divertissement policier une réelle dimension d’auteur ainsi que la puissance des films précités. Et il ne suffit pas d’invoquer l’ami Quentin (« Tarantinesque », déclare l’affiche) pour égaler son cinéma insolent et décapant.

Gérard Crespo


1h57 - Corée du Sud - Scénario : BYUNG Sung-hyun, KIM Min-soo - Interprétation : SUL Kyung-gu, KIM Hie-won, YIM Si-wan, JEON Hye-jin, LEE Kyoung-young.

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