La Tortue rouge
The Red Turtle
de Michael Dudok De Wit
Sélection officielle
Un Certain Regard

Prix Spécial








Seuls au monde

Michael Dudock De Wit s’était fait remarquer pour ses courts métrages d’animation dont Le Moine et le poisson qui reçut un César et une nomination à l’Oscar. La Tortue rouge est d’abord un modèle de coproduction internationale puisque ce cinéaste néerlandais a inspiré la confiance du Studio japonais Ghibli, qui a confié la direction artistique du film à Isaho Takahata :  le réalisateur du Tombeau des lucioles et du Conte de la princesse Kaguya a apporté son sens de l’allégorie humaniste et son goût pour le graphisme à la fois élégant et sobre. L’auteur du film est cependant bien De Witt, épaulé au scénario par Pascale Ferran, dont on retrouve ici l’onirisme aérien et animalier de Bird People. Le film a été réalisé en numérique à Prima Linea Production, dont les studios sont situés à Paris et Angoulême. La rencontre entre ces artistes et producteurs aurait pu aboutir à un produit aseptisé sans âme, à l’image du Petit Prince. Il n’en est rien. La Tortue rouge est un beau récit épuré, qui voit un naufragé tenter désespérément de quitter une île sauvage. Une tortue sera à l’origine de ses échecs puis de son bonheur sur l’île, en compagnie d’une mystérieuse jeune femme qui deviendra son épouse… En dévoiler davantage sur l’intrigue de ce Robinson Crusoé animé serait de l’ordre du spoiler. Disons simplement que l’histoire est à la fois elliptique et limpide, d’une émotion tant contenue que lyrique, avec un sens du merveilleux que n’auraient pas renié les grands maîtres de l’animation, de Paul Grimault à Hayao Miyazaki en passant par Jean-François Laguionie et Michel Ocelot. Le film est sans dialogues, selon le modèle de L’Île nue (1960) de Kaneto Shindô, qui comporte de nombreuses similitudes avec l’œuvre, à l’exception de la dimension fantastique :

« C’est tellement simple d’expliquer les choses par une réplique, mais il y a d’autres moyens, bien sûr. Je pense en particulier aux comportements des personnages, à la musique et au montage. Et, en l’absence de dialogue, les sons des respirations des personnages deviennent naturellement plus expressifs », a déclaré le réalisateur. Visuellement, le film est une merveille. Le graphisme doit beaucoup au Cintiq, crayon numérique permettant de dessiner sur un écran d’ordinateur. Les dessins ont été créés sur papier au fusain, de grands gestes et des frottements avec la paume de la main révélant un aspect artisanal. Ce mélange d’usage des nouvelles technologies et de moyens plus classiques inhérents au cinéma d’animation n’est pas pour rien dans le charme opéré par ce conte poétique. Michael Dudock De Witt a été en outre bien entouré par ses collaborateurs techniques et artistiques dont le chef animateur Jean-Christophe Lee à qui on doit la beauté des lumières et des ombres rasantes ou l’impressionnante séquence du raz-de-marée. Quant à Laurent Perez Del Mar, il a signé une musique à la fois discrète et très présente, respectant les silences et les bruits de la nature, fusionnant avec les sons de l’action, et rythmant avec harmonie la narration. Unique film d’animation de la sélection officielle cannoise, La Tortue rouge n’a pas volé son Prix spécial Un Certain Regard. Le film a fait ensuite l’ouverture triomphale du Festival d’Annecy. Souhaitons à ce bijou tous publics une belle carrière en salle.

Gérard Crespo


1h20 - France, Japon, Pays-Bas - Film d'animation - Scénario : Michael DUDOK DE WITT, Pascale FERRAN - Direction artistique : Isao TAKAHATA - Production : Studio GHIBLI

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