Bird People
de Pascale Ferran
Sélection officielle
Un Certain Regard



Sortie en salle : 4 juin 2014




L'oiseau et les grands enfants

En transit dans un hôtel international près de Roissy, Gary Newman, un ingénieur en informatique américain (Josh Charles), soumis à de très lourdes pressions professionnelles et affectives, décide de changer radicalement le cours de sa vie. Quelques heures plus tard, Audrey, une jeune femme de chambre de l'hôtel (Anaïs Demoustier), qui vit dans un entre-deux provisoire, voit son existence basculer à la suite d’un événement surnaturel.

Depuis Petits arrangements avec les morts (1994), Pascale Ferran poursuit dans la veine d'un cinéma inclassable, poétique et réaliste, aux frontières de l'onirisme, avec une prédilection pour les destins hors du commun (Lady Chatterley, son plus gros succès critique). Bird People commence comme un mini-film choral, avec deux récits croisés et une semi-unité de lieu, guère plus glamour que l'aire d'autoroute de Drôle d'endroit pour une rencontre (F. Dupeyron, 1988). Comme Roch Stephanik dans Stand-Bye (mais aussi Spielberg dans Terminal), la cinéaste fait de l'aéroport (et de l'extension que constitue un hôtel de luxe mais fonctionnel), le lieu de tous les tourments. Le burn-out de Gary est plus qu'un coup de fatigue.


Las de ces réunions et déplacements sans fin, de la nécessité de convaincre le client ou le partenaire à l'occasion d'une énième conférence, le quadra dynamique et bien sous tous rapports ne supporte guère davantage une épouse médiocre et égoïste, qu'il largue à l'issue d'un ultime entretien sur Skype. Étudiante dont on devine l'origine modeste, Audrey est obligée d'assurer des heures de ménage pour financer ses cours, et traîne son ennui de chambre en chambre, jusqu'au jour où un phénomène étrange viendra la frapper de plein fouet... Mais un fouet léger et irréel, que nous ne dévoilerons pas. Pascale Ferran bouscule alors elle-même son univers, et donne à son récit une tonalité qui n'aurait pas été désavouée par Lynch ou Kiyoshi Kurosawa. La rencontre de Gary et Audrey, presque aussi belle que celle de Bill Murray et Scarlett Johansson dans un autre film d'hôtel, Lost in translation (S. Coppola, 2003), prendra alors une tournure bien singulière. Les interprètes se meuvent avec bonheur dans le dispositif de Pascale Ferran, à commencer par les deux acteurs principaux. Josh Charles, qui fut l'un des jeunes gens du Cercle des poètes disparus (P. Weir, 1989), est tout d'intériorité meurtrie. Après des performances réussies dans plusieurs films dont Belle épine ou Thérèse Desqueyroux, Anaïs Demoustier confirme qu'elle est l'une des actrices les plus intéressantes de sa génération.

Gérard Crespo

 

 


2h07 - France - Scénario : Pascale FERRAN, Guillaume BREAUD - Interprétation : Josh CHARLES, Radha MITCHELL, Clark JOHNSON, Anaïs DEMOUSTIER, Roschdy ZEM, Hippolyte GIRARDOT, Catherine FERRAN.

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