Juste la fin du monde
de Xavier Dolan
Sélection officielle
En compétition
Grand Prix
Prix œcuménique








Dire l'indicible...

Louis (Gaspard Ulliel), un jeune auteur, revient voir sa famille dans son village natal après plusieurs années d'absence afin d'annoncer sa mort prochaine et inévitable. Son retour bouleverse ses proches et génère des conflits... C'est peu dire que Xavier Dolan était attendu au tournant après le triomphe de Mommy et des déclarations publiques nombrilistes qui laissaient penser que le jeune prodige du cinéma québécois avait quelque peu les chevilles qui enflent... Le retour de bâton n'en a été que plus fort. Adapté d'une pièce de Jean-Luc Lagarce interprétée à la scène par Anne Dorval, l'actrice fétiche de Dolan, Juste la fin du monde est desservi par un matériau théâtral banal : la pièce, d'une tonalité boulevardière conventionnelle, ne convainc guère, contrairement aux scénarios de J'ai tué ma mère ou Laurence Anyways. On retrouve certes les constantes du cinéma de Dolan, de l'hystérie des relations familiales aux failles de personnages en borderline ; Gaspard Ulliel est parfait dans un rôle difficile comme le furent Melvil Poupaud ou Xavier Dolan lui-même. Mais le réalisateur se noie ici dans un cinéma petit-bourgeois, jouant au marionnettiste avec ses êtres mesquins, dans un huis-clos mal assumé. Le dispositif statique de la mise en scène nuit ainsi à la sincérité du propos et un sentiment de lourdeur semble rejaillir de la narration et du style filmique.

Les membres de la famille de Louis apparaissent en effet comme des pantins de scénario, loin de la finesse d'écriture qui donna le jour aux personnages imaginés par Jaoui et Bacri dans Un air de famille ou Thomas Vitenberg dans Festen : la mère ordinaire et maquillée à outrance (Nathalie Baye), la sœur grande gueule (Léa Seydoux), le frère caractériel (Vincent Cassel) et son épouse peu loquace (Marion Cotillard) forment des archétypes de Grand-Guignol, programmés pour susciter le rire, la fascination ou le rejet. Et ce ne sont pas les gros plans insistants qui sauveront l'ensemble, tant les acteurs semblent surjouer leur rôle... « Je voulais que les mots de Lagarce soient dits tels qu'il les avait écrits. Sans compromis. C'est dans cette langue que repose son patrimoine, et c'est à travers elle que son œuvre a trouvé sa postérité », a déclaré le cinéaste. Les intentions sont louables, mais on aurait aimé une démarche moins roublarde et plus authentique : une séquence onirique relatant les souvenirs d'amoureux adolescent de Louis révèle que le film aurait pu être une réelle réussite du genre. Dolan semble en fait avoir été pris au piège de son casting bankable et de la volonté d'efficacité à tout prix. On lui souhaite de revenir très vite à des projets plus personnels qui permettraient de retrouver la grâce et la sincérité de l'auteur des Amours imaginaires.

Gérard Crespo


1h37 - Canada, France - Scénario : Xavier DOLAN, d'après la pièce de Jean-Luc Lagarce - Interprétation : Marion COTILLARD, Gaspard ULLIEL, Léa SEYDOUX, Vincent CASSEL, Nathalie BAYE.

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