Les Amours imaginaires
Heartbeats
de Xavier Dolan
Sélection officielle
Un certain regard
Prix Regards Jeunes

palme

Sortie en salle : 29 septembre 2010




Bang bang

Francis et Marie, deux amis, tombent amoureux de la même personne. Leur trio va rapidement se transformer en relation malsaine où chacun va tenter d'interpréter à sa manière les mots et gestes de celui qu'il aime...

Avec ce second long métrage, Xavier Dolan confirme les promesses de J'ai tué ma mère et propose un joli récit d'une double désillusion amoureuse autour d'un fantasmé ménage à trois, même si l'effet de surprise du premier long métrage québécois s'est un peu émoussé. Dolan est d'abord un scénariste au talent littéraire certain, dont les phrases ciselées et l'humour acide renvoient à tout un pan de La Nouvelle Vague, quand Truffaut, Godard, Rohmer ou Chabrol faisaient leur gamme en collaborant avec de jeunes comédiens à la fraîcheur spontanée : Dolan serait-il d'ailleurs ici un petit cousin de notre Christophe Honoré national, lui-même héritier assumé de cette école, et auquel la furtive apparition de Louis Garrel dans la séquence finale semble rendre hommage ? En outre, un goût certain pour la ritournelle kitsch (Bang bang version italienne) convoque ici tout un courant de notre cinéma national dont Ozon ou Ducastel/Martineau ne sont pas les moindres représentants.


Dolan est donc bien dans une mouvance, tout en affirmant une personnalité propre : en tant qu'acteur, il incarne pour la seconde fois un personnage de jeune névrosé égocentrique et irascible, dont la sensibilité à fleur de peau est ébranlée par le choc d'une contrariété affective ; en tant que cinéaste, il semble avoir une prédisposition pour l'alternance de plans séquences et de scènes lyriques, marquées par l'usage du ralenti (moins élégant que chez Demy), des images multicolores (moins resplendissantes que chez Minnelli) et des plans de dos, très tendance depuis les apports des Dardenne ou de Gus Van Sant. C'est un peu dans ces aspects que Dolan déçoit le plus, eu égard à la maîtrise formelle de J'ai tué ma mère : la poésie un brin toc de ces coquetteries de style est à un doigt de lasser, et il faut toute la fulgurance de certaines scènes (la première soirée) pour que le réalisateur réussisse à mettre le public dans sa poche. Tel quel, Les Amours imaginaires reste une œuvre bien séduisante qui aurait pu prétendre, tout autant que Kaboom, à la Queer Palm.

Gérard Crespo


1h35 - France - Scénario : Xavier DOLAN - Interprétation : Xavier DOLAN, Nils SCHNEIDER, Monia CHOKRI.

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