Después de Lucia
de Marco Franco
Sélection officielle
Un certain regard

Prix Un certain regard


Sortie en salle : 3 octobre 2012




Jeux dangeureux

Après Daniel & Ana, fraîchement accueilli à sa sortie mais peut-être sous-estimé, Michel Franco signe une œuvre glacée et glaçante qui déjoue toutes les attentes. Le film, qui débute et s'achève par deux longs plans-séquences, semble emprunter les tics d'un certain cinéma contemporain (pause, amateurisme des acteurs, étirement des plans, ellipses brutales), pour mieux les dépasser et distiller un sentiment de malaise qui peine à s'évanouir de longues heures après la projection. Du tragique récit d'un deuil qui s'abat sur Roberto, un restaurateur devenu veuf à la suite de l'accident de voiture de Lucia, son épouse, le scénario dévie vers une autre voie. La nouvelle vie de Roberto à Mexico, en compagnie de Alejandra, sa fille adolescente en apparence équilibrée et solide, va être perturbée par une expérience professionnelle contrariante et des signes de trouble de la jeune fille.

Celle-ci s'intègre certes rapidement dans son nouveau lycée et à un groupe d'amis ; mais à la suite d'un rapport sexuel filmé avec un téléphone portable, son quotidien est bouleversé et tourne au cauchemar...

Michel Franco narre et filme avec subtilité une lente descente aux enfers et un inexorable repli sur soi. Le cinéma a certes déjà abordé le thème du harcèlement adolescent : Después de Lucia est ici plus proche du minimalisme de Bienvenue dans l'âge ingrat (Todd Solondz, 1995) que des envolées lyriques de Thé et sympathie (Vincente Minnelli, 1956), des excès baroques de Carrie au bal du diable (Brian De Palma, 1976), ou de la dérision teintée de mélancolie déployée par Michel Gondry dans le récent The We and the I. On songe aussi à Haneke, celui de Funny games plus que l'auteur du Ruban blanc, par cette aptitude à cerner la violence verbale et physique tout en la montrant hors-champ (la séquence des toilettes ou l'époustouflant retournement final). Et quand Alejandra sort de l'eau après un bain de minuit tragique, on frôle l'irruption du fantastique dans un univers réaliste, tant l'image d'un spectre ou d'une résurrection semble s'incruster. Du grand art.

Gérard Crespo

 

 

 


1h33 - Mexique, France - Scénario : Michel FRANCO - Interprétation : Tessa NORVIND, Gonzalo VEGA Jr, Tamara YAZBEK.

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