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d'Ulrich Seidl
Sélection officielle
palme




Relatant « la sexualité et la mort, le pouvoir et l'impuissance, les gagnants et les perdants, ceux qui vivent et ceux qui meurent » (selon le dossier de presse officiel), l'œuvre suit le parcours d'une infirmière ukrainienne en Autriche et d'un chômeur viennois en Ukraine. Les deux directoires évoluent dans des destinées croisées, sans jamais se recouper. La quête du bonheur et de la nouvelle vie sera confrontée à la réalité crue. Olga rétrogradée devient call-girl dans un peep-show informatisé, avant d'être embauchée à titre de femme de ménage dans un hospice pour vieillards au crépuscule de leur vie. Paul prend la route avec son beau-père pervers afin de vendre des distributeurs de confiserie à des bars sordides.
Ce résumé pourrait laisser présager un film au naturalisme et misérabilisme poussifs. En dépit du pessimisme du propos, Ulrich Seidl refuse le réalisme et opte pour une froideur clinique tempérée par un zeste de tendresse et d'humour. Auteur de Dog Days (Prix très spécial, attribué tous les ans à un film anti-conformiste), le cinéaste a un ton pince-sans-rire qui n'appartient qu'à lui, ce qui explique en partie les réticences de maints spectateurs à entrer dans son univers.


Il excelle à décrire ces petits détails décalés (gestuelle, accessoires, vêtements) d'un monde faussement simple. S'il fallait trouver malgré tout des références, Seidl pourrait avec fierté revendiquer la filiation d'un Tati pour le cinéma classique et d'un Kaurismäki pour le contemporain. Il est aussi courageux dans sa volonté de filmer sans concessions des personnages et des situations qui suscitent d'ordinaire l'autocensure de ses pairs et le malaise du spectateur (agonie de nonagénaires, humiliation de prostituée) sans sombrer dans le voyeurisme ou le sentimentalisme. La séquence dans la chambre d'hôtel ukrainienne paraîtra pourtant un peu vaine, face à la force de la scène du réveillon mettant en scène personnes âgées maquillées et enguirlandées.
En bref, cette curiosité, un peu trop vite occultée sur la Croisette, marque la vitalité d'un cinéma alternatif qui fait la force de la sélection officielle.

Gérard Crespo


2h15 - Autriche - Scénario et dialogues : Ulrich Seidl, Veronika Frank - Photo : Eds Lachman, Wolfgang Thaler - Décors : Andreas Donheuser, Renate Martin - Musique : - - Montage : Christof Schertenleib - Son : Ekkehart Baumung - Interprétation : Paul Hofmann, Ekateryna Rak, Michael Thomas.

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