Solo: A Star Wars Story
de Ron Howard
Sélection officielle
Hors compétition








Bébête show

Le Festival de Cannes n’avait couvert que sporadiquement la saga Star Wars, avec les projections hors-compétition de deux épisodes de la prélogie, L'Attaque des clones et La Revanche des Sith. C’est cette année la sélection du spin-off Solo : A Star Wars Story qui a servi d’interlude récréatif. À l’instar du paraît-il excellent Rogue One : A Star Wars Story (Gareth Edwards, 2016), il s’agit en fait d’un produit dérivé se déroulant juste avant les événements de la saga officielle. Alors que les épisodes 1 à 3, que l’on peut rétrospectivement percevoir comme un interminable flashback de La Guerre des étoiles, relatait l’histoire de Dark Vador de son enfance à sa transformation finale en Sith, le présent épisode se focalise sur la jeunesse du personnage de Solo, incarné par Harrison Ford dans la trilogie initiale, et qui mourrait à la fin de l’épisode 7 Le Réveil de la force. L’auteur de ces lignes n’a jamais été fan de la franchise la plus célèbre de l’histoire du cinéma, mais reconnaît les prouesses techniques et les qualités épiques de certaines séquences de L’Empire contre-attaque (réalisé par Irvin Kershner) ou La Revanche des Sith. Mais Il suffit de voir la copie restaurée de 2001 : L’odyssée de l’espace pour se rappeler que Star Wars est à ce chef-d’œuvre ce que George Lucas (et les tâcherons qui ont pris la relève) sont à Stanley Kubrick… Quant à Solo, il s’agit d’un agréable blockbuster, dont le budget est plus réduit que celui de l’officiel et récent Les Derniers Jedi, mais qui se consomme sans déplaisir. Car les conditions de tournage pouvaient laisser présager le pire : suite à un désaccord entre ses réalisateurs initiaux (Phil Lord et Chris Miller) et le coscénariste Lawrence Kasdan, c’est le brave Ron Howard qui a été appelé aux commandes du vaisseau.

Quand on sait qu’il a commis le terne Apollo 13 et le nanar Da Vinci Code, on sera indulgent dans l’appréciation du présent produit final qui comporte plusieurs passages plaisants, dont une attaque de train adroitement orchestrée et une séquence spatiale esthétiquement soignée. L’ensemble est teinté d’un humour discret et gentillet et se caractérise par un manque de prétentions, que les gardiens du temple de la saga originelle prendront pour un manque d’ambition. En fait, Solo : A Star Wars Story adopte davantage le ton décontracté de certains produits Marvel (Les Gardiens de la Galaxie, 2014), au détriment du pompiérisme des épisodes historiques. En gros, les producteurs et les faiseurs ont enrobé le récit en se la pétant moins que George Lucas et ses épigones. Reste que Solo : A Star Wars Story n’est pas exempt de défauts : une photographie pâlichonne, et surtout un manque de rythme soutenu, que ne vient pas contrebalancer la romance inutile entre Solo et Qi’ra, même si les deux interprètes (Alden Ehrenreich et Emilia Clarke) sont agréables à regarder. On regrettera aussi des détails ridicules, comme le personnage de Chewbacca qui passe sans transition de monstre de foire à peluche docile. Et le casting laisse un sentiment de gâchis : quel dommage de retrouver dans des seconds rôles aussi caricaturaux des acteurs de la trempe de Woody Harrelson ou Paul Bettany ! En dépit de ces réserves, ce film mineur séduira ceux qui sont prêts à embarquer coûte que coûte à bord du Faucon Millenium.

Gérard Crespo



 

 


2h15 - États-Unis - Scénario : Lawrence KASDAN, Jon KASDAN - Interprétation : Alden EHRENREICH, Emilia CLARKE, Donald GLOVER, Woody HARRELSON, Paul BETTANY, Joonas SUOTAMO, Thandie NEWTON, Clint HOWARD, Phoebe WALLER-BRIDGE.

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