Le Septième Sceau
Det sjund inseglet
de Ingmar Bergman
Sélection officielle
Cannes Classics





« Et lorsque l’Agneau ouvrit le septième sceau, il fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure.
Et je vis les sept Anges qui se tiennent devant Dieu ; on leur remit sept trompettes. »
(L’Apocalypse selon Saint Jean l’Évangéliste)

De retour des croisades, le chevalier Antonius Blok (Max von Sydow), est accompagné de son fidèle écuyer Jöns (Gunnar Björnstand). Il croise la Mort (Bengt Ekerot) sur son chemin et lui demande un délai en proposant une partie d’échecs. Par la suite, il rencontre le bateleur Jof (Nils Poppe) et sa famille. Jof a vu la vierge Marie... Le Septième Sceau constitue un tournant dans l’œuvre d’Ingmar Bergman. Auparavant, le cinéaste suédois s’était surtout distingué par de beaux portraits de femmes qui, de Jeux d’été à Rêve de femmes, en passant par le sublime Monika, révélait qu’il était maître dans l’analyse psychologique et l’épure de la mise en scène. La thématique des liens sentimentaux est ici traitée en filigrane, soit en mode burlesque (l’infidélité de la femme du forgeron), soit en teinte mélancolique (les retrouvailles entre le chevalier et son épouse), soit en adoptant un ton sobre et suggestif : les souffrances intérieures et surtout le mutisme du personnage de Gunnel Lindblom annoncent ici le cas clinique de la patiente de Persona. Le Septième Sceau est d’abord une variation subtile sur l’univers des forains et du spectacle, que le cinéaste avait déjà mis en exergue dans La Nuit des forains, et qu’il portera à la perfection dans Fanny et Alexandre. C’est ensuite et surtout une allégorie envoûtante, d’un esthétisme flamboyant, sur le doute religieux, la mort et la spiritualité. Bergman a pris des distances avec la réalité historique, en fusionnant trois événements : les Croisades (qui se sont terminées au XIIIe siècle), la peste noire (apparue au milieu du XIVe) et le procès des sorcières, qui date de la fin du XVe.

Car loin d’être une reconstitution d’époque, Le Septième Sceau emprunte les sentiers du conte fantastique. Dès la première scène qui voit la partie d’échecs entre le chevalier et la Mort (écho à l’incarnation de Maria Casarès dans Orphée de Cocteau), le ton est en effet donné. Bergman peint également avec acuité une galerie de personnages cruels ou attachants, volubiles ou taciturnes. Du prêtre devenu voleur à l’écuyer bienveillant mais violent, du chevalier joueur mais curieux de métaphysique à l’histrion fêtard mais bon père de famille, les figures du Septième Sceau sont d’un contraste qui révèle les faux-semblants. Même la Mort n’est ni salvatrice ni effrayante : simplement elle s’avère incapable de rassurer les hommes qui la voient s’approcher, et n’est pas apte à prouver l’existence de Dieu. L’ambiance envoûtante de l’œuvre doit beaucoup au travail du chef-opérateur Gunnar Fischer, fidèle du réalisateur. Et l’on ne peut que louer la troupe d’acteurs. Seuls Max von Sydow et Bibi Andersson connaîtront une carrière internationale, mais tous seront fidèles à Bergman, à l’écran comme à la scène. Le film connut le succès critique et public et fut, avec Les Fraises sauvages et Sonate d’automne, l’un des Bergman les plus consensuels, loin de la radicalité ésotérique de L’Heure du loup. Le Septième Sceau a obtenu le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes 1957, ex-æquo avec Ils aimaient la vie d’Andrzej Wajda.

Une présentation du Swedish Film Institute. Numérisation et restauration 4K à partir du négatif original et du mixage final sur bande magnétique menées par le Swedish Film Institute. Distribution par Studiocanal et Carlotta Films.

Gérard Crespo



 

 


1957 - 1h36 - Suède - Scénario : Ingmar BERGMAN - Interprétation : Max von SYDOW, Gunnar BJÖRNSTRAND, Bengt EKEROT, Bibi ANDERSSON, Gunnel LINDBLOM, Inga LANGRÉ, Nils POPPE.

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