L'Homme qui tua Don Quichotte
The Man Who Killed Don Quixote
de Terry Gilliam
Sélection officielle
Hors compétition
Clôture







Retour en Espagne

Entrepris initialement à Madrid en 2000, avec Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis, le tournage du film de Terry Gilliam connut bien des déboires depuis son arrêt brutal suite à diverses catastrophes jusqu’au récent contentieux ayant opposé le producteur Paolo Branco à l’ex-Monty Python, et qui a failli suspendre la sortie commerciale du film. En 2002, le documentaire culte Lost in la Mancha avait relaté le naufrage du projet le plus maudit du l’histoire du 7e art. Maintenant que L’Homme qui tua Don Quichotte est visible dans nos salles, que penser du fruit des efforts de Terry Gilliam ? Ne nous voilons pas la face : la montagne a accouché d’une (sympathique) souris, et l’œuvre appartient à la catégorie de ce que François Truffaut nommait « les grands films malades » : emblématique des thèmes de son auteur (le monde devenu chaos), traversée de quelques éclats sublimes (le combat avec les géants), mais globalement ratée. Terry Gilliam avait connu l’apogée de son inspiration dans les années 80 et 90 avec des œuvres aussi foisonnantes que Brazil ou L’Armée des 12 singes. La suite déçut jusqu’au franchement pathétique Zero Theorem. Mais si ce Don Quichotte n’atteint pas les sommets de sa période de gloire, il n’a pas non plus à faire rougir le cinéaste. Une intéressante mise en abyme relate les mésaventures de Toby (Adam Driver), un réalisateur qui avait adapté jadis le roman de Cervantès. De retour dans le petit village espagnol qui avait servi de lieu de tournage, il constate que ses habitants ont été très marqués par le film, à commencer par le vieux cordonnier (Jonathan Pryce) qui avait joué le rôle de Don Quichotte, et désormais persuadé qu’il est ce personnage.

Une série de quiproquos jalonne alors le métrage, et Gilliam tente une audacieuse rencontre du vaudeville et de l’épopée, de l’Histoire espagnole et de l’actualité (l’accueil des réfugiés), et surtout de la réalité et de la féérie. Car le surréalisme a toujours imprégné l’œuvre du cinéaste qui y est toujours fidèle, sans recourir aux effets spéciaux des blockbusters : le film culmine ainsi dans sa dernière demi-heure axée autour d’un cirque médiéval qui a élu domicile dans un château. Mais L’Homme qui tua Don Quichotte peine à maintenir le rythme pendant plus de deux heures. Les gags tombent souvent à plat, et cette ode à l’imaginaire semble tourner en rond pendant un tiers de la projection. Quant aux acteurs, ils ne sont pas à leur avantage, d’un Jonathan Pryce en roue libre à des figures féminines pâlichonnes, en passant par des seconds rôles figuratifs (Rossy de Palma). Même Adam Driver semble étranger à son personnage, et il suffit de comparer son rôle à celui qu’il tient dans BlacKkKlansman de Spike Lee pour mesurer la sous-utilisation du comédien. On reste donc sur sa faim, mais le simple fait que ce film ambitieux aux douloureuses conditions de tournage et de distribution ait pu enfin être achevé et soit visible constitue en soi un événement.

Gérard Crespo



 

 


2h12 - Espagne, Royaume-Uni, France, Portugal, Belgique - Scénario : Terry GILLIAM, Tony GRISONI, d'après le roman de Miguel de Cervantes - Interprétation : Jonathan PRYCE, Adam DRIVER, Olga KURYLENKO, Stellan SKASGÅRD, Joana RIBEIRO, Rossy de PALMA, Sergi LOPEZ.

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