Capharnaüm
Cafarnaúm
de Nadine Labaki
Sélection officielle
En compétition
Prix du Jury
Prix œcuménique
Prix de la Citoyenneté








« Salauds de pauvres ! »

À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de douze ans, est présenté devant un juge. « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? », lui demande le magistrat. « Pour m’avoir donné la vie », rétorque l’enfant. Nadine Labaki avait été révélée par une charmante comédie, Caramel, sorte de Vénus Beauté libanais relatant avec subtilité l’opposition Orient/Occident dans ce pays. Son second long métrage Et maintenant, on va où ? n’évitait pas les lourdeurs malgré sa générosité communicative. Capharnaüm est quant à lui une déception, qui au-delà de ses maladresses stylistiques et de sa surenchère dans le pathos suscite un réel malaise. « Au départ […] il y a eu tous ces thèmes : les immigrés clandestins, l’enfance maltraitée, les travailleurs immigrés, la notion de frontières, leur absurdité, la nécessité d’avoir un papier pour prouver notre existence, laquelle serait invalide le cas échéant, le racisme, la peur de l’autre, l’impassibilité de la convention des droits des enfants », précise la cinéaste. On ne doutera pas de sa sincérité mais force est de reconnaître que son dernier film est plus qu’agaçant. Dépassant le misérabilisme humanitaire d’un Roland Joffé dans La Cité de la joie et le chantage à l’émotion de Radu Mihaileanu dans Va, vis et deviens, Labaki réalise un récit académique et bancal, structuré autour d’un flashback maladroit. Certes, tout n’est pas mauvais dans ce produit télévisuel. Le jeune acteur non professionnel s’en sort plutôt bien (malgré l’« adultomorphisme » des dialogues qu’on lui fait débiter).

Les séquences centrales qui voient Zain s’occuper d’un bébé africain abandonné par sa mère dénotent un sens réel de la narration, et les déambulations des deux gosses dans les rues malfamées de Beyrouth sont traitées avec une rigueur quasi-documentaire que l’on aurait aimé trouver tout au long du métrage. Au lieu de cela, la réalisatrice préfère attendrir le public avec des gros plans sur un bambin filmé avec la même joliesse que les animaux dans les productions Disney, et multiplie les grossièretés de mise en scène, surtout dans la dernière partie : situations lacrymales, ralentis chichiteux, surcharge musicale. Mais c’est surtout par son propos scandaleusement réactionnaire et son absence d’analyse politique et socio-économique que ce film donneur de leçons est déplaisant. Ces « salauds de pauvres » sont décidément bien incapables d’élever convenablement leurs enfants, des fillettes mariées avant même leur puberté aux gamins de rue livrés à eux-mêmes, en passant par la violence parentale, assène la réalisatrice sans la moindre gêne. En substance, le contrôle des naissances ne peut être que la solution pour résorber le cercle vicieux de l’irresponsabilité parentale et de la pauvreté. Au secours, Malthus revient ! Loin de la finesse d’Une affaire de famille ou d’Ayka, autres œuvres de la compétition officielle traitant des déviances familiales et de la pauvreté, Capharnaüm est un douloureux ratage qui confirme que les bonnes intentions (mais sont-elles vraiment bonnes ?) ne suffisent pas à faire les bons films.

Gérard Crespo



 

 


2h30 - Liban - Scénario : Nadine LABAKI, Jihad HOJEILY - Interprétation : Zain ALRAFEA, Nadine LABAKI, Yordanos SHIFERA, Fadi YOUSSEF.

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