D'après une histoire vraie
de Roman Polanski
Sélection officielle
Hors compétition










Une autre femme

Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public. La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire. Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne...
Co-écrit avec Olivier Assayas, qui a un peu apporté l’univers de Sils Maria, D’après une histoire vraie est l’adaptation d’un roman de Delphine de Vigan. Polanski poursuit là une veine d’appropriation de matériaux littéraires et théâtraux qui avaient abouti aux réussites de Carnage et La Vénus à la fourrure, tout en creusant son approche du thème du double. Il s’agit d’abord du double de littérature, en écho à The Ghostwriter, mais aussi de l’altérité maléfique. « Elle » peut ainsi être perçue comme la zone d’ombre de Delphine, qui s’immisce dans sa vie professionnelle et privée telle une mante religieuse, cherchant à attirer sa confiance pour peut-être la manipuler et lui nuire. Cherche-t-elle à usurper le statut de Delphine, à l’instar de la comédienne arriviste de All about Eve ? Est-elle une admiratrice dérangée, comme Kathy Bates dans Misery ? Veut-elle assouvir une vengeance, telle la star déchue de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? Fidèle au roman, évitant les pirouettes de scénario et préférant suivre le cours d’un récit limpide mais vertigineux, Polanski est classique dans sa démarche, mais cohérent avec des constantes de son œuvre, du huis-clos oppressant qui rappelle Cul-de-sac à la radioscopie d’êtres sombrant dans la folie, de Rosemary au Locataire.


« Il fallait nourrir le personnage d’une certaine ambivalence. C’est un des éléments essentiels d’un bon spectacle, celui qui provoque chez le public cette sensation de doute, d’incertitude, de suspicion. Cela me rappelle le théâtre de marionnettes de mon enfance, où les enfants sont paralysés de terreur et de bonheur à la fois, et rient de peur et de plaisir, parce qu’il arrive exactement ce qu’ils redoutent et ce qu’ils attendent. Recréer cela pour les adultes, c’est amusant. Et, j’espère, satisfaisant pour le spectateur », a déclaré Polanski dans le dossier de presse. Le résultat est de haute tenue, et le cinéaste joue des clichés du film de manipulation pour mieux les déjouer, à l’image de ce passage où Elle demande à Delphine de descendre à la cave pour y déverser de la mort aux rats… Entouré d’une équipe artistique et technique de qualité dont Alexandre Desplat à la musique et Pawel Edelman, qui éclaire tous ses films depuis Le Pianiste, Polanski donne un autre rôle en or à Emmanuelle Seigner, et tire le meilleur parti d’Eva Green dont la filmographie éclectique et les compositions variées révèlent l’étendue du registre. Et l’on se réjouira des apparitions de Dominique Pinon, Brigitte Roüan ou Josée Dayan dans de seconds rôles cocasses ou troublants. D’après une histoire vraie a été le dernier film projeté de la sélection officielle cannoise. On ne peut que regretter qu’il l’ait été hors-compétition.

Gérard Crespo



 

 


1h50 - France - Scénario : Olivier ASSAYAS, d'après le roman de Delphine de Vigan - Interprétation : Emmanuelle SEIGNER, Eva GREEN, Vincent PEREZ, Dominique PINON, Noémie LVOVSKY, Damien BONNARD, Brigitte ROÜAN.

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