L'Amant d'un jour
de Philippe Garrel
Quinzaine des Réalisateurs
Prix SACD









On ne badine pas avec l’amour

C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui…
Troisième volet d’une trilogie non officielle, après La Jalousie et L’Ombre des femmes, L’Amant d’un jour possède une autonomie narrative, mais complète les deux autres œuvres par sa description des constances et errances du désir, suivant deux couples aux prises avec l’attachement, le doute et la trahison. Mais Philippe Garrel reste avant tout cohérent avec son cinéma de chambre qu’il n’a cessé d’explorer et de revisiter, depuis Marie pour mémoire. Cela a donné parfois des films maladroits mais touchants par leur sincérité, à l’instar de La Frontière de l’aube. Mais de belles pépites ont aussi surgi à l’écran, comme Liberté la nuit, Les Amants réguliers, ou ce dernier opus d’une concision louable, intimiste sans être nombriliste, d’un romantisme poétique qui ne cède en rien à la préciosité. Partant d’un canevas somme toute modeste et peu exaltant en tant que tel, Garrel réussit une peinture cruelle des rapports humains, avec une acuité dans les dialogues et un sens de l’observation qui ne l’ont jamais autant rapproché de Rohmer. « Je voulais parler du complexe d’Electre, c’est-à-dire le pendant féminin du complexe d’Œdipe, même si ce n’est pas complètement symétrique. Electre a fait tuer sa mère, Clytemnestre, parce qu’elle s’était remariée avec un autre homme.

Dans le film, c’est l’histoire d’une amitié consciente entre une jeune fille et sa jeune belle-mère qui a le même âge qu’elle, et comment l’inconscient de cette jeune fille la pousse à se débarrasser de cette rivale pour le père. Ce n’est pas très important de comprendre ça mais c’est comme ça que je l’ai bâti », a déclaré Philippe Garrel dans un entretien avec Stéphane Delorme dans Les Cahiers du Cinéma. Conte (im)moral et intemporel, L’Amant d’un jour transcende son décor convenu (couloirs universitaires, ruelles parisiennes maintes fois filmées), pour distiller soixante-seize minutes d’émotions pures, sans ornements ni artifices. Si la participation de Jean-Claude Carrière apporte au scénario un semblant de classicisme (mais aussi une réelle férocité), les autres collaborateurs se meuvent sans difficulté dans la démarche du cinéaste, à commencer par le directeur de la photo Renato Barta, proposant tous les contrastes d’un noir et blanc lumineux pour cerner le passage de l’ombre à la lumière. Eric Caravaca trouve ici un beau rôle de maturité, après ses prestations pour Dupeyron, Belvaux et Chéreau. Louise Chevillotte est une révélation attachante, quand Esther Garrel gagne en intensité de jeu, incarnant avec grâce l’image de la souffrance.

Gérard Crespo



 

 


1h16 - France - Scénario : Philippe GARREL, Jean-Claude CARRIÈRE, Caroline DERUAS, Arlette LANGMANN - Interprétation : Eric CARAVACA, Esther GARREL, Louise CHEVILLOTTE.

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