Swagger
de Olivier Babinet
Acid






« Mais qui sont ces fanfarons qui dansent loin du lit de la reine des fées ? »

Teen-movie documentaire, Swagger nous transporte dans la tête de onze enfants et adolescents aux personnalités surprenantes, qui grandissent au cœur des cités les plus défavorisées de France. Malgré les difficultés de leur vie, les gosses d’Aulnay et de Sevran ont des rêves et de l’ambition. Et ça, personne ne leur enlèvera... Le film « de cité » a longtemps été marginal en France. Réaliste avec Le Thé au harem d'Archimède (Mehdi Charef, 1985) ou poétique avec De bruit et de fureur (Jean-Claude Brisseau, 1988), le genre a pris de la graine contestataire avec La Haine (Mathieu Kassovitz, 1995), didactique avec Entre les murs (Laurent Cantet, 2008), avant d'aboutir à une floraison de films, surtout ces dernières années. En 2016, on a pu découvrir Divines (Caméra d'or), Chouf, Tour de France, et ce singulier Swagger. Son réalisateur, Olivier Babinet, révélé avec l'intéressante fiction Robert Mitchum est mort (2010), a planté sa caméra au collège Claude Debussy d'Aulnay-sous-Bois. Le propos est moins sociologique qu'artistique, cette dizaine d'enfants et ados ne formant nullement un panel des jeunes de banlieue. Préférant la sincérité à la stigmatisation, la fantaisie au misérabilisme, et l'imagination au naturalisme, le cinéaste offre un documentaire d'une grande fraîcheur, loin de l'esprit des reportages télévisés et de la noirceur des récits ayant abordé ce thème.

« Mon propos politique, c’est celui de passer la grille et puis d’aller à la rencontre de ceux qui se trouvent sous les capuches. L’engagement du film est de laisser s’exprimer ces enfants et découvrir des individus. Pas une population fantasmée à qui on donne des noms fourre-tout qui suintent la peur et les préjugés : ''les racailles'', ''les weshs''. Je voulais qu’on se concentre sur le point de vue des enfants pour restituer ce qu’ils sont », a déclaré Olivier Babinet. Si la banalité des propos de certains jeunes (sur les premiers amours, le racisme ou le « retour au bled ») plombe un peu le film, Swagger regorge de moments de grâce, avec des digressions saugrenues mais jubilatoires dans les univers de la comédie musicale ou la science-fiction. On s'attache ainsi très vite à certains de ces protagonistes dont la petite Naïla, anti-Mickey Mouse, Régis, autoproclamé « populaire, populaire... », ou bien encore Paul, le Gene Kelly des cités, qui déclame sans sourciller : « Le plus important pour moi c’est d’aller au paradis. Le paradis en or... En argent. Dieu, Jésus, tout ça ». Certes, l'aspect « documenteur » fausse un peu la donne, mais le résultat reste étonnant de sincérité et d'optimisme. Il faut aussi souligner la qualité technique et artistique du film, et en particulier la photo de Tilmo Salminem, dont on avait admiré le travail pour L'Homme sans passé et Le Havre d'Aki Kaurismäki.

Gérard Crespo

 



 

 


1h24 - France - Documentaire - Photo : Timo SALMINEM - Production : Marine DORFMANN (Faro) - Alexandre PERRIER (Kidam) - Distribution : Rezo Films

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