La Planète des vampires
Terrore nello spazio
de Mario Bava
Sélection officielle
Cannes Classics







La poésie suggestive de série B

Dans un proche futur, les vaisseaux spatiaux Argos et Galliot sont envoyés en mission d'exploration sur la mystérieuse planète Aura. Premier arrivé, l'Argos ne donne plus signe de vie. À l'atterrissage, les membres de l'équipage du Galliot deviennent fous et commencent se massacrer... soit, comme ils l'apprennent rapidement, exactement ce qui est arrivé à l'Argos. Les explorateurs se rendent bientôt compte que la planète est habitée par des extra-terrestres dénués de corps qui sont prêts à tout pour s'échapper de leur planète à l'agonie... Mario Bava, petit maître du cinéma de genre italien, est surtout célèbre pour Le Masque du démon (1960), chef-d'œuvre de l'horreur gothique. On lui doit aussi des réussites indéniables de la trempe du giallo Six femmes pour l'assassin (1964) ou du slasher La Baie sanglante (1971). Coproduit par Hollywood et Cinecittà, La Planète des vampires se présente comme une série B fauchée, obligeant le cinéaste à expérimenter sur l'économie de moyens plutôt que de déployer une débauche d'effets spéciaux. De décors récupérés sur le tournage d'un péplum à la peinture sur verre, en passant par l'utilisation de fumigènes et jeux de miroirs, Mario Bava opte pour le minimalisme et suggère l'horreur plus qu'il ne la montre, prolongeant la démarche de Don Siegel dans L'Invasion des profanateurs de sépultures ou Jacques Tourneur dans Rendez-vous avec la peur. On frôle parfois la féerie des trucages à la Méliès : la photo de Bava lui-même (non crédité) et les maquettes de Carlo Rambaldi n'y sont pas pour rien.

Mais la mollesse des séquences dialoguées et le kitsch des compositions plastiques font parfois tomber le film dans les travers d'un sous-Star Trek ou le statisme de la série télévisée Cosmos 1999. Le casting international est en outre un peu faible : l'Américain Barry Sullivan et l'Espagnol Angel Aranda sont plutôt ternes, quand la Brésilienne Norma Bengell et l'Italienne Evi Marandi sont cantonnées à des fonctions décoratives, vêtues toutefois de costumes très seyants. À mi-chemin des fulgurances du 2001 de Kubrick et de la ringardise de l'inénarrable Plan 9 from Outer Space d'Ed Wood, et sans avoir le second degré de Cosmodrama de Philippe Hernandez, La Planète des vampires (titre français inapproprié) laisse au final un sentiment mitigé, qui n'empêche pas certains fans d'estimer qu'il s'agit du meilleur film de science-fiction italien. L'œuvre aurait vraisembablement influencé les scénaristes de Alien, le huitième passager, et semble devenir l'objet d'un culte progressif. Signalons que le film n'a jamais connu de sortie commerciale ou VHS en France et n'a été programmé qu'une seule fois à la télévision, dans l'émission « Cinéma de quartier ». Il est actuellement disponible sur YouTube, en langue anglaise. Les éditions Artus en ont proposé une édition DVD en 2014, conforme à sa version restaurée numérique, à partir du négatif original couleur 35mm Eastman Kodak. L'étalonnage a été corrigé par comparaison avec la colorimétrie d’un positif 35 sous la supervision de l’assistant-réalisateur Lamberto Bava, fils du réalisateur. Fulvio Lucisano, Nicolas Winding Refn et CSC Cineteca Nazionale collaborent à la présentation du film dans la section Cannes Classics 2016.

Gérard Crespo



 

 


1965 - 1h28 - Italie, Espagne - Scénario : Mario BAVA, Alberto BEVILACQUA, Callisto COSULICH, Louis M. HEYWARD, Ib MELCHIOR, Antonio ROMAN, Rafael J. SALVIA - Interprétation : Barry SULLIVAN, Norma BENGELL, Angel ARANDA, Evi MARANDI, Stelio CANDELLI.

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