Le Parc
de Damien Manivel
Acid







Promenons-nous dans les bois

C’est l’été, deux adolescents ont leur premier rendez-vous dans un parc. D’abord hésitants et timides, ils se rapprochent au gré de la promenade et tombent amoureux. Vient le soir, l’heure de se séparer... Second long métrage de Damien Manivel, Le Parc retrouve le charme discret mais réel d'Un jeune poète : un scénario minimaliste qui tient dans un mouchoir de poche, des dialogues abondants qui alternent avec des non-dits, une économie de moyens au service d'une poésie gracieuse sans être précieuse. L'auteur reprend sa thématique des hésitations de l'adolescence, optant ici pour une rencontre dans un décor naturel, avec une narration basée sur les unités de lieu, de temps et d'action. Les propos échangés par les deux jeunes gens, qui oscillent entre la banalité du jeu de la séduction et une volonté de distinction (le jeune homme cite Freud et vante les mérites de l'hypnose), sont filmés en plans fixes, quand leur errance hasardeuse dans le cadre pourtant balisé d'un parc public est suivie par de délicats et sobres travellings. On aurait presque du mal à dater le récit, n'était la présence d'outils de communication actuels, comme l'envoi de SMS (avec un usage toutefois plus modéré que dans Personal Shopper d'Assayas)...

Il va sans dire que ce film épuré doit énormément à son dispositif esthétique, Manivel jouant des effets de lumière pour cerner l'évolution du ressenti des protagonistes, jusqu'à la tombée de la nuit qui mène le récit sur une autre piste, davantage onirique, avec un écho à son court-métrage La Dame au chien. « Les parcs sont pleins d’histoires ordinaires. J’aime y passer du temps et observer. Quand je regarde longtemps ces paysages, du banal surgit l’étrange. Comme si derrière les pelouses ensoleillées et les jeux, se cachait quelque chose de sombre et indistinct », a déclaré le cinéaste dans les notes d'intention. Si les références sont manifestes, de Partie de campagne de Jean Renoir à Pauline à la plage d'Eric Rohmer, en passant les cinémas de Roger Leenhardt et Jacques Rivette, l'atmosphère qui se dégage du Parc est bien unique, et confirme la griffe d'un auteur tout en nuances et décalage. Il faut enfin souligner la justesse des trois acteurs non-professionnels en parfaite harmonie avec leurs personnages. « Pour incarner la jeune fille, je souhaitais travailler avec une acrobate, afin qu’on ait un langage commun car je donne beaucoup d’indications gestuelles. J’ai donc fait un casting et rencontré Naomie. Maxime est étudiant à la fac et Sessouma, professeur de philosophie. Nous les avons croisés à Poitiers et abordés ». On ne serait pas surpris de les retrouver dans d'autres rêveries de cinéma...

Gérard Crespo

 



 

 


1h11 - France - Scénario : Damien MANIVEL, Isabel PAGLIAI - Interprétation : Naomie VOGT-ROBY, Maxime BACHELLERIE, Sessouma SOBERE.

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