Comancheria
Hell or High Water
de David Mackenzie
Sélection officielle
Un Certain Regard








La criminalité rédemptrice

Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leur trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter... Remarqué par ses incursions réussies dans le drame social (My Name is Hallam Foe) ou le film de prison (Les Poings contre les murs), le Britannique David Mackenzie a été tenté, comme d’autres, par les sirènes de Hollywood, qui lui a offert un précieux pont d’or. Comancheria confirme sa virtuosité, même si on était en droit d’attendre davantage d’un réalisateur que l’on sent plus désireux de séduire les producteurs et le public américains que de creuser la veine personnelle déployée dans sa période anglaise. Comancheria n’en est pas moins un film d’action très plaisant et intelligent, croisant les genres du polar et du western, comme a su le faire également le Roumain Bogdan Mirica avec Dogs projeté dans la même section Un Certain Regard de Cannes 2016. Le réalisateur s’aventure aussi sur les terrains du road movie et du buddy movie. Après le huis-clos oppressant des Poings contre les murs, les grands espaces arides de l’Ouest américain rythment une action sans failles, sur fond de vengeance envers le système bancaire, secteur d’activité de l’économie qui semble au cœur de nombreux films sarcastiques, de Capitalism : a Love Story de Michael Moore au récent The Big Short : le Casse du siècle d’Adam McKay...

Mais cet aspect relève vite du MacGuffin tant Mackenzie et son scénariste Taylor Sheridan (Sicario) ont préféré s’attacher à deux duos de personnages. C’est d’abord l’association formée par un flic facétieux et désabusé (Jeff Bridges, en roue libre) et son collègue taciturne (Gil Birmingham), mi-Indien mi-Mexicain, qui doit supporter ses vannes. C’est ensuite le rapport trouble entre deux frères très opposés, version glauque d'Abel et Caïn : le stratège Toby (Chris Pine, échappé de Star Trek) a besoin des gros bras de Tanner (Ben Foster), dont les pulsions violentes seront à l’origine de biens des déboires. Cette silhouette très cartoonesque semble surgir d’un film des frères Coen ou de Shane Black (The Nice Guys) dont l’humour trash semble influencer Mckenzie. En même temps, le cinéaste n’omet pas les thèmes de ses films antérieurs, à savoir la famille, la masculinité, la loyauté, et la difficulté à trouver sa place dans la société actuelle. « Ce qui m’a intéressé, c’est que le film offre une réflexion sur l’Amérique contemporaine et sur les questions des rapports entre communautés, des armes à feu […] et du besoin de faire justice soi-même. En tant qu’Européen, c’était exaltant de prendre un instantané de l’Amérique […] J’ai malgré tout cherché à réaliser un film dont l’identité visuelle et culturelle soit américaine ». Ces déclarations du réalisateur révèlent l’ambition de sa démarche mais on reste sur l’impression d’assister à un exercice de style certes brillant mais manquant un peu d’âme et de sincérité.

Gérard Crespo


1h42 - États-Unis, Royaume-Uni - Scénario : Taylor SHERIDAN - Interprétation : Chris PINE, Ben FOSTER, Jeff BRIDGES, Katy MIXON, Kevin RANKIN, Gil BIRMINGHAM.

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