Fiore
de Claudio Giovannesi
Quinzaine des Réalisateurs










La déchirure

Établissement pénitentiaire pour mineurs. Daphné, emprisonnée pour vol, tombe amoureuse de Josh, un jeune braqueur. En prison, hommes et femmes ne se rencontrent pas, et l’amour est interdit ; la relation entre Daphné et Josh ne vit que de regards d’une cellule à l’autre, de brèves conversations à travers les barreaux et de lettres clandestines. La prison n’est plus seulement une privation de la liberté, mais également l’interdiction des sentiments… Troisième long métrage de fiction de Claudio Giovannesi, Fiore adopte les codes du film de prison (les clans, la violence quotidienne, le désir d'évasion), le huis-clos étant mêlé de séquences urbaines pour l'exposition et au dernier tiers de la narration. L'intérêt principal du scénario est l'idylle en milieu carcéral de deux jeunes écorchés, privés de liberté mais aussi de toute velléité affective. Une double peine en sorte. Voire triple lorsque la jeune fille reçoit les visites d'un père compatissant mais maladroit, incapable d'assumer sa responsabilité parentale.


Le récit est limpide, sans excès ni pathos, et le cinéaste trouve la grâce d'un certain cinéma italien sans doute mineur mais au demeurant touchant, de Mery pour toujours de Marco Risi à Folles de joie de Paolo Virzi, avec l'empathie pour des personnages cabossés qu'avait manifestée naguère De Sica ou Comencini. « Les scénaristes et moi-même avons passé une période de quatre mois […] comme enseignants bénévoles au sein de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Casal del Marmo, à Rome. Nous avons impliqué les détenus, filles et garçons, dans toute une série d’ateliers portant sur le thème du langage visuel et cinématographique afin de réussir à écrire le scénario au sein de la prison et de le baser sur leurs propres expériences et leur vie réelle », a déclaré le réalisateur dans ses notes d'intention. Ce souci d'authenticité et de spontanéité n'empêche pas Claudio Giovannesi de dévoiler un réel professionnalisme, ne serait-ce que dans la direction d'acteurs. Les jeunes Daphne Scoccia et Josciua Algeria sont des révélations, quand Valerio Mastandrea dégage la même émotion que dans Fais de beaux rêves de Marco Bellochio.

Gérard Crespo



 

 


1h50 - Italie - Scénario : Claudio GIOVANNESI, Filippo GRAVINO, Antonella LATANZI - Interprétation : Daphne SCOCCIA, Josciua ALGERI, Valerio MASTRANDEA, Aniello ARENA, Laura VASILIU.

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