Maryland
de Alice Winocour
Sélection officielle
Un Certain Regard



Sortie en salle : 30 septembre 2015




Du syndrome post-traumatique

De retour d'Afghanistan, Vincent (Matthias Schoenaerts), victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie (Diane Kruger), l'épouse d'un riche homme d'affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ». Tandis qu'il éprouve une étrange fascination pour la femme qu'il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure... Après Augustine, Alice Winocour s'intéresse à un autre cas d'introspection mentale et de dysfonctionnement psychique. Si son film a été préparé après avoir recueilli le témoignage de soldats victimes de pathologies similaires, la cinéaste s'écarte assez vite de l'étude clinique pour adopter les codes du thriller. Car les hallucinations visuelles et auditives de Vincent se révèlent imbriquées à une ambiance policière, après l'agression dont sont victimes Jessica et Vincent. Fuyant la piste documentaire et réaliste qu'avait explorée sur le même thème Of Men of War de Laurent Bécue-Renard, Alice Winocour opte pour l'ambigüité narrative, le suspense de l'intrigue reposant sur une interrogation : les dangers apparents sur l'écran sont-ils véridiques ou s'avèrent-ils être le fruit de la paranoïa de Vincent ?

L'épure de la mise en scène (distanciation du jeu des acteurs, minimalisme des dialogues) est alors au service d'un subtil jeu de piste qui n'est pas sans rappeler les univers du Roman Polanski de Répulsion ou du Denis Villeneuve de Enemy. Et l'irruption de la violence extrême dans un univers en apparence serein et aseptisé évoque, sans le style radical de Bruno Dumont, l'ambiance subitement cauchemardesque de Twentynine Palms. En même temps, Maryland suit les traces du film politique, en suggérant les possibles compromissions des dirigeants avec les réseaux mafieux des ventes d'armes, cette piste du scénario restant toutefois au second plan d'un récit amenant de multiples lectures. « Je voulais faire appel à la mémoire et aux sensations du spectateur, chez qui sommeillent des dizaines d’intrigues, où la peur et l’angoisse, sont mobilisées », a déclaré la réalisatrice. Le résultat est convaincant, d'autant plus que les comédiens semblent en osmose avec son projet. Diane Kruger, d'une blondeur toute hitchcockienne, n'a jamais été aussi troublante. Paul Hamy, révélé dans Suzanne, est ici la figure masculine saine et rassurante, par opposition au personnage de névrosé incarné par Matthias Schoenaerts. Après De rouille et d'os, l'acteur confirme ici l'étendue de ses talents dramatiques.

Gérard Crespo

 



 

 


1h40 - France, Belgique - Scénario : Alice Winocour - Interprétation : Matthias SCHOENAERTS, Diane KRUGER, Paul HAMY, Victor PONTECORVO, Zaïd ERROUGUI-DEMONSANT.

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