Macbeth
de Justin Kurzel
Sélection officielle
En Compétition



Sortie en salle : 18 novembre 2015



« Tous les parfums de l'Arabie... »

Fleuron de la littérature et du théâtre, Macbeth de William Shakespeare a été adapté plusieurs fois au cinéma. Les meilleures versions sont à ce jour celles d'Orson Welles (1948) et d'Akira Kurosawa, ce dernier ayant été l'auteur d'une sublime transposition japonaise, Le Château de l'araignée (1963). Roman Polanski fut moins inspiré mais son Macbeth (1972) comportait plusieurs passages réussis et était porté par le jeu de Jon Finch. Pour transposer ce monument classique, plusieurs options étaient possibles : assumer une théâtralité et lui donner un paradoxal décalage cinématographique (du type Le Soulier de satin de Oliveira), réaliser un produit culturel léché apte à séduire les Oscars et autres Bafta (on songe au Hamlet de Branagh), créer une nouvelle forme cinématographique qui saisit les enjeux de la pièce tout en imprégnant un univers d'auteur (démarche de Welles ou Olivier), ou bien s'adresser au public des multiplexes en lui livrant clef en main ce qu'il attend d'un film d'action épique en 2015. C'est cette dernière option qu'ont choisie les producteurs du film de Justin Kurzel, réalisateur australien remarqué à la Semaine de la Critique 2011 avec Les Crimes de Snowtown. Le film respecte certes scrupuleusement le texte et la trame de la pièce de Shakespeare. Écrite en 1606, la tragédie est inspirée de la biographie historique du roi des Pictes, qui régna en Écosse de 1040 à 1057. La Norvège et l'Écosse sont en guerre et Macbeth, cousin du roi Duncan et chef de son armée, s'illustre par son courage, sa combativité et sa fidélité. Après sa victoire, Macbeth, thane de Glamis, rencontre trois sorcières qui lui donnent successivement trois titres différents dont celui de futur roi. Banquo, général et ami de Macbeth, se voit quant à lui promettre une descendance de roi...

La pièce comporte ainsi un grand nombre d'éléments surnaturels et de récits de combats que le réalisateur s'est empressé de surligner, évacuant tout hors-champ au profit d'un traitement de blockbuster privilégiant au maximum les séquences d'action. C'est comme si Justin Kurzel s'excusait d'adapter Shakespeare, et en contournait l'esprit en visant l'efficacité à tout prix. Gorges tranchées au cours des combats, vociférations permanentes, cavalcades au sein de décors naturels écossais ou plans insistants de châteaux et cathédrales reconstitués conduisent alors à une surcharge visuelle et sonore. « Beaucoup de bruit pour rien », serions-nous tentés d'écrire, si ce n'est qu'il est indiscutable que le film déploie une maîtrise technique. De la caméra à l'épaule aux ralentis en passant par les plans fixes, Kurzel montre un savoir-faire qui tend par instants vers la virtuosité, et le cinéaste est bien assisté par son chef-opérateur Adam Arpakaw, dont la lumière réussit à transformer le ciel noir en rouge sang, au fur et à mesure que l'âme et le corps de Macbeth se révèlent ceux d'un tueur en série. On sera plus partagé sur l'interprétation. Si David Thewlis en Duncan ou Sean Harris en Macduff sont brillants, Michael Fassbender est plus limité que prévu. Quant à Marion Cotillard, elle manque singulièrement de relief en Lady Macbeth, un rôle difficile qui avait déjà vu Simone Signoret se casser les dents sur la scène londonienne. Les actrices shakespeariennes aptes à se glisser dans la peau de cette reine névrosée étaient pourtant nombreuses, de Rebecca Hall à Ruth Wilson. Mais ce sont là les contraintes des castings internationaux...

Gérard Crespo

 



 

 


1h53 - Royaume-Uni - Scénario : Todd LOUISO, Jacob KOSKOFF, Michael LESLIE, d'après la pièce de William Shakespeare - Interprétation : Michael FASSBENDER, Marion COTILLARD, Jack REYNOR, David HAYMAN, Patty CONSIDINE, David THEWLIS, Sean HARRIS, Elizabeth DEBICKI.

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