The Rover
de David Michôd
Sélection officielle
Séance de minuit



Sortie en salle : 4 juin 2014




La poursuite infernale

Auteur du remarqué Animal Kingdom (2011), David Michôd propose avec The Rover un film d'action glacial, magistral et oppressant, dont le tempo lent tient à la fois du style dépouillé de Sergio Leone que de tout un courant du polar distancié. On songe à La Chair de l'orchidée (P. Chéreau, 1975), pour ce mélange d'ellipses, de baroque violent et de style contemplatif. Mais la trame principale tient aussi bien de Mad Max (G. Miller, 1979) que du splendide Le Fils de l'homme (A. Cuaron, 2006).

Dix ans après l’effondrement de l’économie occidentale, les mines australiennes sont encore en activité, et cette industrie attire les hommes les plus désespérés et les plus dangereux. Là-bas, dans une société moribonde où survivre est un combat de chaque jour, plus aucune loi n’existe. Eric (Guy Pearce), a tout laissé derrière lui. Ce n’est plus qu’un vagabond, un homme froid rempli de colère. Lorsqu’il se fait voler la seule chose qu’il possédait encore, sa voiture, par un gang, il se lance à leur poursuite. Son unique chance de les retrouver est Rey (Robert Pattinson), un des membres de la bande, abandonné par les siens après avoir été blessé. Contraints et forcés, les deux hommes vont faire équipe pour un périple dont ils n’imaginent pas l’issue… Le reste n'est pas de tout repos, et tient aussi bien du road movie que du thriller haletant.

Sur leur trajectoire, les deux hommes croiseront une grand-mère maquerelle cynique, n'hésitant pas à leur offrir la chair fraîche de son ado de petit fils, un nain revendeur d'armes aux tarifs trop dissuasifs, une courageuse hôtesse les accueillant avec un fusil, mais transformée en nurse bienveillante face aux plaies du beau Rey, ou bien encore des voleurs impassibles s'accordant une sieste réparatrice dans un quartier bien désertique. Le verbe est rare, mais la gâchette est aisée. Il règne ainsi dans The Rover une atmosphère poisseuse et décadente qui contribue fortement au charme du film, qui n'abuse jamais de ses effets et propose une vision désenchantée (c'est le moins que l'on puisse dire) de la société post-industrielle.

Le casting contribue avec bonheur à la réussite de cette grandiose série B, à commencer par des seconds couteaux typiques tel Scoot McNairy en caïd minable. Guy Pearce, cantonné depuis quelques années dans les seconds rôles, offre ici l'une de ses meilleures compositions depuis L.A Confidential (C. Hanson, 1997) et Memento (C. Nolan, 2000). Mais c'est surtout Robert Pattinson qui crève littéralement l'écran : après ses performances dans Cosmopolis et Maps to the stars, le jeune acteur confirme qu'il est voué à suivre les pas d'un DiCaprio ou d'un Brad Pitt.

Gérard Crespo


 

 


1h40 - Australie - Scénario : Joel EDGERTON, David MICHÔD - Interprétation : Guy PEARCE, Ronert PATTINSON, Scoot McNAIRY, Nash EDGERTON, David FIELD, Anthony HAYES.

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