Respire
de Mélanie Laurent
Semaine de la Critique
Séance spéciale


Sortie en salle : 12 novembre 2014




Les amitiés maléfiques

Charlie (Joséphine Japy) est une jeune fille de 17 ans. C’est l’âge des potes, des émois, des convictions, des passions. Sarah (Lou de Laâge) débarque dans son lycée. Belle, culottée, elle a un parcours semble-t-il impressionnant pour son âge, et surtout, un tempérament. Sarah choisit Charlie comme amie de prédilection.

Second long métrage en tant que réalisatrice de Mélanie Laurent, Respire a été présenté en séance spéciale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2014. Il s’agit de la libre adaptation d’un premier roman d’Anne-Sophie Brasme, édité en 2001, et que Mélanie Laurent avait lu lors de ses années de lycée. Rarement l’adolescence aura été filmée avec autant de vitalité et de justesse. Le synopsis aurait pu laisser croire à une variation autour de La Vie d'Adèle, surfant sur la vague du succès public et critique qu’Abdellatif Kechiche a signé en 2013. Il n’en est rien, tant la démarche de Mélanie Laurent est différente. La fascination de Charlie pour Sarah n’a déjà aucun signe d’une passion homosexuelle, si l’on excepte une scène équivoque entre les deux jeunes filles. C’est avant tout le récit d’une apparente fusion, leurs rapports évoquant plutôt les liens qui unissaient Shelley Duvall et Sissy Spaceck dans Trois femmes (R. Altman, 1977). Charlie délaisse sa confidente Victoire (Roxane Duran) pour vouer un culte sans limite à Sarah, dont elle admire la liberté, l’indépendance d’esprit, et l’univers bourgeois qui semble lié à sa nouvelle amie. Sarah exerce très vite un ascendant sur Charlie qui lui fait partager son univers familial.

Si la tante de Charlie (Claire Keim) se méfie de cette intruse, sa mère (Isabelle Carré) devient très vite proche de Sarah, au point de susciter la jalousie de Charlie... Les relations psychologiques complexes qui unissent ces personnages féminins font dévier le récit vers le psychodrame affectif, dès lors que le scénario met en exergue les failles des protagonistes, à commencer par Sarah dont l’assurance manifeste cache en fait une fragilité et un lourd secret familial. Mélanie Laurent excelle alors à faire monter la tension, et l’affrontement qui atteint un crescendo dans la seconde partie fait glisser son récit sur la pente du polar. On songe à Hitchcock et aux meilleurs Clouzot, par cette aptitude de la cinéaste à faire ressentir l’étrangeté dans un cadre apparemment ordinaire et rassurant. Très beau film sur la perversion narcissique, Respire révèle aussi le talent de directrice d’actrices de Mélanie Laurent. Auprès de seconds rôles inspirés (dont Carole Franck en alcoolique pitoyable), les deux jeunes comédiennes sont formidables, Joséphine Japy toute de fragilité meurtrie et Lou de Laâge surprenante et digne d’une Bette Davis.

Révélée en tant qu’actrice dans Je vais bien, ne t'en fais pas (P. Lioret, 2006), Mélanie Laurent a connu une honorable carrière mais il lui a été collé une image un peu lisse. Il n’en est rien de son œuvre en tant que réalisatrice qui conjugue avec bonheur scénario audacieux et mise en scène vertigineuse.

Gérard Crespo


 

 


1h31- France - Scénario : Julien LAMROSCHINI, Mélanie LAURENT - Interprétation : Lou de LAÂGE, Joséphine JAPY, Isabelle CARRÉ, Claire KEIM, Roxane DURAN, Carole FRANCK, Alejandro ALBARACIN.

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