Grigris
de Mahamat-Saleh Haroun
Sélection officielle
En compétition

Prix CST


Sortie en salle : 10 juillet 2013




Un homme qui danse

Après Un homme qui crie, Mahamat-Saleh Haroun opte pour un projet plus modeste en contant l'idylle de deux jeunes déshérités, un danseur handicapé paralysé d'une jambe et Mimi, une prostituée. Le premier, Grigris, 25 ans, voit son rêve d'artiste brisé lorsque son oncle tombe gravement malade. Pour le sauver, il décide de travailler pour des trafiquants d'essence ce qui lui occasionnera de gros ennuis. Entre temps, il aura succombé au désir amoureux... Le cinéaste a déclaré avoir voulu réaliser un vrai film de genre, après avoir assisté au spectacle de danse de Souleymane Démé, dont le numéro musical offre en outre une matière documentaire dans la première partie du récit. Le réalisateur réussit le portrait de deux marginaux immergés dans une zone de non-droit et devant faire face aux préjugés d'une société bien pensante tout en étant corrompue. « Je préfère la marge au centre parce que le centre se situe déjà dans l'opulence et le bonheur », déclare Mahamat-Saleh Haroun. Abordant un sujet tabou (la prostitution en Afrique), le réalisateur s'autorise aussi le droit de revisiter le polar avec une économie de moyens que l'on comprendra aisément.

Refusant toute approche misérabiliste (jamais la caméra ne s'apitoie sur le sort de Grigris), l'auteur préfère un style à la fois réaliste et stylisé. Ainsi, le point de vue de Grigris est adopté et ses pérégrinations nocturnes ont l'allure d'un reportage. En même temps, l'atmosphère de la nuit est admirablement rendue et tente de créer l'illusion de silhouettes fantomatiques irréelles. Quant au rouge culminant de la chambre de Mimi, il symbolise le désir et la tentation. Il n'est pas surprenant que le directeur de la photo, Antoine Héberlé, ait ainsi obtenu le Prix de la Commission supérieure technique pour son travail remarquable de reconstitution mais aussi de recréation. Pour autant, on est loin des pièces majeures du cinéma africain, naguère signées Ousmane Sembene, Souleymane Cissé ou Idrissa Ouedraogo. Il y a dans Grigris une volonté de joliesse consensuelle qui atténue la force de l'œuvre. Mais rien que pour la séquence où une communauté de femmes fracasse un malfrat sans scrupules, ce récit attachant mérite le détour.

Gérard Crespo



 

 


1h40 - Tchad, France - Scénario : Mahamat-Saleh HAROUN - Photo : Antoine HÉBERLÉ - Interprétation : Soulémane DÉMÉ, Marius YELOLO, Cyril GUEI.

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