Bite the dust (Corps et biens)
Otdat Konci
de Taisia Igumentseva
Sélection officielle
Hors compétition - Cinéfondation







Salade russe

Premier long métrage d'une jeune femme récompensée par le Prix de la Cinéfondation en 2012, Corps et biens reprend la trame de l'un des films les plus marquants du Festival de Cannes 2011, Melancholia de Lars von Trier : une petite communauté est frappée par une terrible nouvelle annoncée par la télévision : l'humanité est condamnée à périr avant vingt-quatre heures suite à un incident géologique majeur dans l'histoire de la Terre. Là s'arrête la comparaison. Taisia Igumentseva opte pour l'allégorie fantaisiste et préfère suivre les pérégrinations d'un village pris dans la tourmente. Ici, tout le monde se connaît au-delà des différences sociales. Il y a Vassilitch, le vieux berger qui consacre tout son temps à une vache aux yeux d’enfant baptisée Praline ; Zina, vieille solitaire, qui peste contre le gouvernement ; des femmes mariées lorgnant jalousement les maris des autres ; Ivan, l’inventeur local, divertissant les gamins avec ses ingénieux appareils ; et même une militante cinéphile, projetant à ses pairs une copie de... L'Enfant de Luc et Jean-Pierre Dardenne, le second cinéaste ayant justement récompensé la réalisatrice l'an passé...

Là résident les limites d'une œuvre forcément référentielle, dans laquelle la jeune cinéaste noie un peu trop sa fièvre créatrice dans un foisonnement visuel et narratif qui semble tourner à vide. L'on songe à du Kusturica en mode mineur, celui de La Vie est un miracle, par ces vociférations et délires qui ne forment qu'un coup d'épée dans l'eau. L'humour plutôt lourd rejoint celui d'un certain cinéma de l'est, à l'instar de La Noce (Pavel Lounguine, 2004), monument de dérision académique. Et jamais la cinéaste ne dépasse le stade de l'honnête film d'école souhaitant rendre hommage à des maîtres. Mais loin de nous l'idée d'enfoncer une jeune artiste sans doute prometteuse. Souhaitons seulement que son second long métrage efface les scories de l'exercice du film d'école.

Gérard Crespo


 

 


Russie - 1h41 - Scénario : Alexandra GOLOVINA - Interprétation : Sergey ABROSKIN, Alina SERGEEVA, Anna Rud.

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