L'Ivresse de l'argent
Do-nui Mat
de Im Sang-soo
Sélection officielle
En compétition



Sortie en salle : 23 janvier 2013




Cet obscur objet du désir

Le héros du septième long métrage de l’auteur de Une femme coréenne est un arriviste qui sème le trouble dans une famille de la grande bourgeoisie, à mi-chemin du Rastignac de Balzac et de l’ange pasolinien Terence Stamp dans Théorème. Kim Kang-woo, interprète de Hahaha, incarne ce beau jeune homme prêt à tout pour ne pas perdre pied dans les eaux boueuses d’un monde corrompu, y compris coucher avec la vieille matriarche cynique qui l’emploie. Le film semble le prolongement de The Housemaid, que le cinéaste avait réalisé en 2010, par cette description d’un monde courant à sa perte à cause du mépris de ceux qui détiennent le pouvoir pour les domestiques et autres subordonnés qui en sont privés. Mais le meilleur de L’ivresse de l’argent réside dans ce ton ironique plus proche des Liaisons dangereuses de Frears que de l’étude de mœurs sociologique ; l’aspect comédie policière (mafieux grotesques, quiproquos relâchant la tentation…) n’est pas sans faire écho à The President’s last bang, une perle du genre présentée par Im Sang-soo en 2005.

Esthétiquement, le film mise surtout sur les décors et la photo. Les tableaux aperçus (d’Erro, Arman, Jim Dine et autres artistes coréens de renom), d’une beauté bien mise en valeur, contrastent avec la laideur intérieure de ceux qui les côtoient au quotidien. Sur le plan visuel, L’ivresse de l’argent joue aussi sur les couleurs : elles sont chatoyantes dans la première moitié du film dont l’ouverture, avant que des teintes plus sombres ne prennent le dessus ; le noir prédominant dans la séquence d’enterrement finale n’est pas un noir réel, mais celui utilisé dans la peinture asiatique traditionnelle. Cette richesse picturale, alliée à des cadrages maîtrisés, n’est pas pour rien dans l’intérêt de ce polar sombre, mais crée un effet de distanciation qui nuit parfois au dispositif. L’ivresse de l’argent apparaît ainsi comme un bel objet séduisant mais un peu froid et vain.

Gérard Crespo

 

 

 


1h53 - Corée du Sud - Scénario : IM Sang-soo - Interprétation : KIM Kang-woo, Yun-Shik Baek, YUN Yeo-Jung.

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