Moonrise Kingdom
de Wes Anderson
Sélection officielle
En compétition (Ouverture)



Sortie en salle : 16 mai 2012




L'île des enfants perdus

Le film qui a fait l’ouverture du 65e festival de Cannes est une réussite indéniable et l'un des meilleurs jalons de l'œuvre de Wes Anderson, cinéaste américain indépendant vénéré en France depuis le succès de La Famille Tenenbaum. Ses fans retrouveront le ton décalé de La vie aquatique et À bord du Darjeeling Limited, tout autant que le verve satirique du film d'animation Fantastic Mr. Fox : un délire cartoonesque imprègne d'ailleurs ce récit déjanté, dont l'action se situe en 1965 sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre. Deux jeunes pré-adolescents amoureux font une fugue, mobilisant toute une communauté pour les retrouver, et ce avant le déclenchement d'une tempête historique... Le scénario, écrit par Roman Coppola, fait la part belle aux terreurs enfantines et digressions insolites spécifiques aux meilleurs contes : on songe aux univers ambigus et dérangeants de certains films d'aventures sur la jeunesse, des Contrebandiers de Moonfleet à Sa Majesté des Mouches, en passant par les adaptations de Oliver Twist par Lean ou Polanski, La force de Moonrise Kingdom est d'assumer la linéarité narrative d'un spectacle pour tous publics tout en distillant un second degré dans les dialogues et l'humour pince-sans-rire de certaines séquences.

La profusion des décors, les mouvements de caméra ostensibles (plans sur les fenêtres, prises de vue sur l'île, travellings latéraux) et les effets spéciaux dans la seconde partie, loin de chercher à épater le spectateur, témoignent d'un sens esthétique indéniable. À cet égard, Wes Anderson réussit là où Jean-Pierre Jeunet et même Tim Burton trébuchent dans leurs derniers films. Il faut aussi souligner le jeu exquis d'une brochette de comédiens chevronnées incarnant des adultes englués dans la médiocrité et le conformisme. Edward Norton, Bill Murray, Frances McDormand ou Tilda Swinton rejoignent ainsi la galerie des marionnettes humaines campées naguère par Anjelica Huston ou Adrien Brody. On notera aussi le retour remarqué de Bruce Willis en capitaine Sharp : l'acteur de L'armée des 12 singes, vedette du cinéma d'action des années 90, n'avait rien tournée de notoire depuis Sixième sens. On peut regretter que ce spectacle combinant avec talent vision d'auteur et divertissement populaire n'ait pas attiré l'attention du Jury de la compétition officielle.

Gérard Crespo


 

 


1h34 - Etats-Unis - Scénario : Roman COPPOLA - Interprétation : Edward NORTON, Bruce WILLIS, Bill MURRAY, Tilda SWINTON, Frances McDORMAND, Harvey KEITEL, Jason SCHWATZMAN,

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