We need to talk about Kevin
de Lynne Ramsay
Sélection officielle
En compétition
Mention spéciale CST



Sortie en salle : 28 septembre 2011




It's alive !

Déjà présente à Cannes avec Ratcatcher et Morvern Callar, Lynne Ramsay a un (seul) point commun avec Naomi Kawase : les deux réalisatrices ont été photographes, ce que confirment certains plans de leurs films. Là s'arrête la comparaison, tant le style épuré et l'univers ésotérique de l'auteur de Hanezu sont diamétralement opposés à l'expressionnisme baroque de la cinéaste anglaise. Adapté d'un roman épistolaire, We need to talk about Kevin est scindé en deux parties qui se téléscopent par une structure en flash back. Eva (Tilda Swinton) mène une existence solitaire, vivant le traumastisme d'un deuil et subissant le harcèlement de sa communauté de riverains. Seize ans plus tôt, Eva et Franklin (John C. Reilly) ont leur premier enfant, dont la naissance sera la source de toutes les angoisses et turpidudes pour Eva.... Lynne Ramsay dispose d'une histoire forte qui part de non-dits et cultive l'ambiguïté et les faux semblants, avant d'atteindre l'horreur pure. Les premières séquences montrant la grossesse puis l'éducation du jeune enfant distillent un sentiment de malaise et de tension, qui n'est pas sans évoquer (à un moindre degré) les descentes aux enfers filmées dans Rosemary's baby (Roman Polanski, 1968) ou Le monstre est vivant (Larry Cohen, 1974).

Dans le rôle de l'adolescent, Ezra Miller est une révélation : masque de cruauté sous un regard de velours, il incarne à merveille un personnage qui rejoint la galerie des teenagers space du 7e art, de Arno Frisch dans Funny Games à Devon Bostick dans Adoration, en passant par Nick Stahl dans Bully, Alex Frost dans Elephant ou Gabe Nevins dans Paranoid Park. Quant à Tilda Swinton, elle est tout bonnement éblouissante dans le rôle d'une mère hésitant entre culpabilité et sentiment de terreur : l'actrice, qui était favorite pour le Prix d'interprétation féminine, n'a d'ailleurs jamais déçu au cinéma, même dans des œuvres aussi manquées que Bleu profond ou L'homme de Londres.

D'où vient alors que We need to talk about Kevin laisse un sentiment d'inachevé ? La faute n'en est pas à un montage habile mais à des effets criards et roublards : musique assourdissante surlignant l'action, gros plans poseurs, photographie léchée, rebondissements prévisibles. Lynne Ramsay est plus douée pour le drame que pour le thriller et son symbolisme pesant (les jets de tomates assimilés au sang) lorgne parfois vers le mauvais goût, travers inévitable pour un film confondant sophistication et maniérisme. Voilà donc une œuvre qui ne tient pas toutes ses promesses mais qui n'en demeure pas moins estimable et se laisse voir sans ennui.

Gérard Crespo


1h50 - Grande-Bretagne - Scénario : Lynne RAMSAY, Rory KINNEAR, d'après le roman de Lionel Shriver - Interprétation : John C. REILLY, Tilda SWINTON, Ezra MILLER.

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