Take Shelter
de Jeff Nichols
Semaine internationale de la critique
Grand Prix Nespresso
Prix SACD



Sortie en salle : 4 janvier 2012




Creuse toujours, la tempête te guette

Ne défiez pas le marchand de sable, il pourrait vous quitter... Entre songes dérangeants et obsessions anxiogènes, la nouvelle œuvre de Jeff Nichols, Take Shelter, laisse forcément des traces. Frigorifiant, intense. Les spectateurs entrent en transe avec la surprenante histoire de Curtis qui vire du rêve au cauchemar.
Ce Nord-Américain de trente-cinq ans est sujet à des rêves étranges qui changent sa vie et celle de sa famille du jour au lendemain. Une impressionnante tempête, une avalanche de gouttes d'eau et un ciel qui continue de pleurer des larmes de couleurs. La frontière entre illusion et réalité s'évapore... Ce n'était qu'un rêve...
Fantastique film de genre qui mélange mystère, horreur mais aussi psychiatrie... On retrouve Alfred Hitchcock et ses Oiseaux, qui tombent et retombent, signe d'un mauvais présage. Et la musique, déferlant à tous vents, s'enrage dans un tourbillon de violence. Très vite, avec le silence à ses trousses, la peur s'infiltre dans les images. Et tout comme Curtis, un frisson glacial nous empêche de bouger. Partagés entre le tressaillement de l'incertitude et l'énergie de l'imagination, nous sommes désemparés. Subsiste le mystère : Curtis subit-il toujours sa peur ou va-t-il finir par la vaincre en échappant à ses songes perturbateurs?
Rêve prémonitoire ou paranoïaque, la tempête, on pouvait s'y attendre, finira par sévir. Et c'est cette tempête qui incarne la peur. La peur, paralysante, est omniprésente dans notre société: il est constamment question de crise sociale, conjugale, financière, voire même environnementale. Et Curtis la pourchasse, aussi multidimensionnelle soit-elle ; pourtant elle court plus vite que lui. Alors il lui tourne le dos, et se retrouve face à lui-même. Il ne lui reste plus alors qu'à affronter sa peur.

Diana D'Angelo
Lycée Clémenceau de Nantes


Une tempête de peurs


Curtis La Forge représente le rêve américain : un bon travail, une belle femme, une fille, une grande maison et deux voitures achetées à crédit… Malheureusement, le rêve se transforme en horribles cauchemars… La peur prendra peu à peu possession de lui. La peur de ces catastrophes imaginaires mais aussi et surtout celle de perdre sa famille. Curtis va devoir lutter pour préserver sa paisible vie, malgré et contre lui. Se mettre à l’abri devient sa seule obsession.

Vous l’aurez deviné, Jeff Nichols, ayant déjà connu un grand succès avec son premier long métrage Shotgun Stories, a choisi les angoisses et la peur intérieure comme sujet principal de son nouveau film. Take Shelter est un mélange fort étonnant du film apocalyptique et du drame sentimental! Ce cocktail inattendu est un ingénieux équilibre entre le cinéma hollywoodien et le cinéma indépendant américain. C’est ce qui lui permet d’atteindre ses objectifs : faire un film grand public tout en gardant une qualité cinématographique indéniable. Passant du monde des songes à la réalité, nous nous perdons avec Curtis dans sa folie.

Le jeu de Michael Shannon (Curtis) et de Jessica Chastain (sa femme Samantha) est d’une très rare qualité. La scène où Curtis a une attaque pendant un cauchemar est bouleversante. Les regards, les gestes, cette précision ne laissent pas indifférent, exacerbant les souffrances des personnages. De même, la progression passionnante de leur relation nous tiendra en haleine jusqu’au bout. Cependant ce jeu d’acteur ne serait rien sans l’excellente équipe de Jeff Nichols qui grâce à un incroyable travail nous offre une symphonie de son et lumière accompagnant parfaitement ce scénario bien rodé même si un peu traditionnel !

Comme le dit le réalisateur, ce film est sûrement le « point d’orgue de [s]a carrière ». Nous plongeons avec plaisir dans cette histoire qui nous questionnera sur nous-mêmes face à notre famille ou à la maladie cherchant un équilibre salvateur. Jeff Nichols, souvenez vous de ce nom qui va entrer dans la légende du cinéma américain !

Robin Vial-Pradel

Lycée Estienne d’Orves de Nice

Sous un ciel d'orages et de craintes

Orages assourdissants, éclairs déchirant un ciel noirci par les nuages, telle est l’atmosphère oppressante de ce second film du réalisateur Jeff Nichols, déjà reconnu pour son premier long-métrage Shotgun Stories. Pendant près de 2h, le cinéaste nous plonge dans un drame intime, teinté d’un air de fin du monde, mêlant des influences provenant de réalisateurs aussi variés que Terrence Malick ou bien John Ford.

Le personnage principal, Curtis LaForche, menant une vie tranquille et banale dans une banlieue calme de l’Ohio, se trouve soudain confronté à des rêves mystérieux et à une obsession qui le ronge de plus en plus au fur et à mesure du temps. Rythmé par de nombreuses scènes apocalyptiques, Take Shelter peut, à première vue, faire penser à un film catastrophe tout droit sorti des studios d’Hollywood. L’œuvre s’impose néanmoins comme étant d’une richesse et d’une complexité intéressantes.

En effet, tout en présentant un aspect psychologique pertinent et profond de la paranoïa du personnage, le film traite d’un thème majeur et existentialiste : le rapport entre l’Homme et son environnement. Ainsi, dans le film, le personnage principal est obsédé par la volonté de protéger son espace familial des éléments menaçants de l’extérieur. Ce thème est très certainement mis en valeur par les menaces climatiques constamment éprouvées par le héros. En nous rapprochant sans cesse de la nature, Take Shelter questionne donc également un thème, aujourd’hui d’actualité, qui est la peur constante de la population américaine et mondiale d’un danger atmosphérique et climatique. L’orage, la tempête, la pluie, jalonnant le cours du film, sont donc tant de métaphores exprimant les craintes du personnage mais également nos malaises et tourments quotidiens face à des médias toujours plus alarmistes.

À mi-chemin entre drame personnel et film de genre, Take Shelter est un film qui va étudier au plus profond la psychologie de la peur et de la folie de l’Homme moderne. Sans se réduire à une seule approche, l’œuvre propose donc différents niveaux de lectures ce qui la rend ainsi tout à la fois accessible et pertinente.

Rémy Bastrios
Lycée Pablo Picasso de Perpignan


Zeus provoque Hadès

« Toi ta vie, elle est bien. » Take Shelter s'ouvre sur une vision idéale du modèle américain : la famille LaForche vit aisément dans la maison typique Wisteria Lane, l'homme protège la femme et l'enfant, et tout cela dans le meilleur des mondes. Il fallait le prévoir, comme dans American Beauty et Les Noces Rebelles de Sam Mendes, cet océan de bonheur dans lequel le couple parfait nage, subit rapidement des intempéries. Curtis devient soudain sujet à des visions apocalyptiques, mettant son couple en danger.

Une bande-son plus effrayante que l'image elle-même, des couleurs caractéristiques du genre fantastique, mais surtout un ciel constamment chargé au-dessus des personnages, rangent ce second film dans les genres fantastique et catastrophe à la fois. Et cette combinaison fonctionne à point : l'anxiété, trait commun des deux registres, est l'élément autour duquel l'intégralité du scénario s'inscrit.

Le poids du ciel (magnifique à chaque fois) sur le quartier de l'innocente famille LaForche représente les charges qui pèsent sur l'homme moyen d'aujourd'hui: la crise financière, le chômage, la pollution, le handicap de sa fille... L'association du drame personnel à la catastrophe météorologique renvoie à la fatalité divine, en plus de la ferveur chrétienne familiale. Les forces du ciel semblent s'acharner sur les personnages ; les oiseaux, comme chez Hitchcock, de mauvais augure, vont jusqu'à attaquer le protagoniste. Et nous assistons à cette tragédie, dans laquelle les individus tentent de se débattre contre le destin, sans aucun moyen d'interrompre le processus.

Un élément propre à la tragédie classique est l'ignorance des personnages. Ici, Curtis lutte contre Zeus avec son abri anti-tempête, symbole de l'enfer sous Terre, mais il n'en reste pas moins dans l'incompréhension. Et cette détresse intérieure affaiblit le personnage. D'abord, face au ciel, surveillé par Curtis, tellement petit par rapport à l'immense toile grise et en relief. Ensuite face à sa femme, tellement solide par rapport à l'homme angoissé, en dépit de la force physique de Michael Shannon.

Jeff Nichols nous entraîne cependant dans une histoire plutôt revisitée de la catastrophe naturelle et de l'être sujet aux hallucinations: seul dans sa folie, incompris du reste des hommes. Est alors redouté un manque d'originalité du concept, en plus de la confusion quant à la direction que prendra le scénario. Nos doutes sur la reprise d'un modèle populaire et vendeur, sont instantanément éteints avec la toute scène de fin.

Salomé Chauveau
Lycée Savary de Mauléon des Sables d'Olonne




1h56 - Grande-Bretagne - Scénario : Jeff NICHOLS - Interprétation : Michael SHANNON, Jessica CHASTAIN, Tova STEWART.

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