Sleeping Beauty
de Julia Leigh
Sélection officielle
En compétition



Sortie en salle : 16 novembre 2011




Le grand sommeil

Cette œuvre sulfureuse se référant indéniablement à Belle de Jour (et aux Belles endormies de Yasunari Kawabata) a été à notre sens le premier choc du Festival. Une jeune étudiante qui a besoin d'argent multiplie les petits boulots. Suite à une petite annonce, elle devient extra en tenue légère dans des soirées privées huppées, puis accepte d'être droguée pour plonger dans un sommeil profond et intègrer un réseau des ''beautés endormies''. Contrairement à la Séverine de Kessel et Buñuel, Lucy n'est pas une petite bourgeoise en quête de fantasmagorie mais une jeune fille de classe moyenne agissant pour des raisons matérielles. Son parcours comporte toutefois des similitudes : à la frigidité initiale de Séverine répond la frustration de Lucy, lasse des rapports inaboutis avec un ami alcoolique, et dont la rencontre avec une maquerelle protectrice sera le signal de départ d'une existence parallèle. Et si Emily Browning a des faux airs de Deneuve jeune, Rachael Blake est une réplique parfaite de Geneviève Page : distinction, voix grave, charisme rassurant aussi bien que prédateur.

Quant à la faune de messieurs libidineux gravitant autour de la belle au lit dormant, elle permettra de se remémorer l'étonnante galerie de clients de Mme Anaïs (Francis Blanche, François Maistre) et de notables fétichistes (Georges Marchal) mis en valeur par Buñuel. Là s'arrête la comparaison avec Belle de Jour : outre que Sleeping Beauty se nourrit d'autres références (Kubrick, Egoyan...), l'originalité propre à ce premier film de Julia Leigh ne doit pas être occultée : tension dramatique, ellipses narratives et absence de psychologisme sont les atouts d’un récit déconcertant. L'anti-conte de fée révèle un univers insolite, bien servi par une ambiance mortifère qui imprègne l'œuvre : la réalisatrice compose une suite de tableaux en plans fixes, dans des décors baroques où se meuvent des personnages hiératiques qui n'extériorisent pas leurs sentiments. C'est sans doute cette distanciation qui a gêné certains, qui ont trouvé le film froid, par la perfection même de ses cadrages et son ton détaché, et qui ont pu reprocher à Julia Leigh un regard « féminin » sur la sexualité et les transgressions, cette dernière critique étant absurde et infondée. Sleeping Beauty révèle une cinéaste raffinée et non consensuelle qui pourrait devenir, après Jane Campion, grande dame du cinéma océanien.

Gérard Crespo


1h44 - Australie - Scénario : Julia LEIGH - Interprétation : Emily BROWNING, Michael DORMAN, Mirrah FOULKES.

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