Vous êtes tous des capitaines
You Are All Captains
Todos vós sodes capitáns
de Oliver Laxe
Quinzaine des réalisateurs
Prix FIPRESCI

palme






Encadrés par Corinne Smit et Isabelle Tommasini, les élèves de Seconde 3 du Lycée Stanislas de Cannes ont assisté à la projection de ce film sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs et ont pu s'entretenir avec Oliver Laxe, le réalisateur, à l'occasion d'un petit-déjeuner convivial sur la terrasse du Palais Stéphanie. CinémaS publie des extraits de cette rencontre.

Jean-Marie : Pourquoi avez-vous choisi de nombreuses séquences longues dans votre film ?

Oliver Laxe : Un film est une œuvre d'art. J'ai cherché à m'éclipser derrière ces images, en voulant montrer une relation devant et derrière la caméra. Il faut faire confiance aux images, comme l'écrit Roland Barthes dans La Chambre claire. Le cinéma et le choix des images nous permettent de trouver la vérité, tel Faust qui trouve la sienne par la praxis, l'expérience [...] Mais je ne cherche pas à kidnapper le spectateur, seulement le confronter à d'autres univers.

Romane : Pourquoi voit-on si peu de filles dans le film ?

Oliver Laxe : À Tanger, on croise beaucoup d'enfants de rue. Les filles ne viennent au foyer que pour certaines activités, mais cela ne veut pas dire qu'elles n'ont pas d'importance [...] Au Maroc, les hommes dominent dans la forme mais les femmes dominent malgré tout. Ceci dit, un artiste ne juge pas.

Pierre : Pourquoi avez-vous accordé un temps si long au noir et blanc alors que la couleur n'apparaît qu'à la fin du film ?

Oliver Laxe : Robert Bresson dans Notes sur le cinématographe écrit : « N"allez pas vers la poésie car elle apparaît dans les ellipses .» Une image en couleur nous montre que le temps explose.

Jean-Marie : Vous considérez-vous comme le porte-parole de cette minorité au Maroc ?

Oliver Laxe : Non. Mais sans le vouloir, j'ai fait de la transmission et j'ai partagé avec les enfants mon processus créatif. Cela nous a rapprochés et j'ai voulu montrer l'amour dans un temps de cynisme [...] Les enfants étaient naturels, car notre relation était construite.

Victoria : Comment choisissez-vous vos images au montage ?

Oliver Laxe : La pellicule est chère, je n'ai pas fait trop de sacrifice au montage. Mais il y a toujours un décalage entre ce que l'on veut faire et ce que l'on filme. On a rarement fait plusieurs prises.


Romane : Pourquoi avoir choisi un documentaire sur des enfants ? Quel public touchez-vous ?

Oliver Laxe : J'ai cherché une mise en abîme en mêlant documentaire et fiction. Aujourd'hui, l'avant-garde se renferme sur elle-même. Seul un public spécifique aime ce genre de film.

Romane : Je trouve intéressant que le film ne montre pas le sentiment de pitié de façon appuyée.

Oliver Laxe : J'ai voulu éviter le paternalisme, le misérabilisme. L'essentiel est de célébrer la vie. Notre seule obligation est de transmettre l'amour.

Jessie : Avez-vous d'autres projets ?

Oliver Laxe : Je suis épuisé. Je cherche à me refonder dans les films. Je veux cultiver ma sensibilité à travers la création. J'ai fait de l'exorcisme avec ce film [...] Maintenant, je cherche à explorer d'autres voies.

Oliver Laxe : Et vous, changez-vous de regard après ce film ?

Geoffrey : Oui, cela nous change des films commerciaux.

Alexandra : On ne se divertit pas mais on apprécie de recevoir un message : cela nous fait réfléchir. J'ai été frappée par des séquences comme celles avec l'arbre, que l'on voit à deux reprises : on cherche à savoir si ces choix sont voulus ou non.

Romane : Les images sont belles mais longues. Mais cela est sans doute une question d'habitude.

Propos recueillis par Gérard Crespo

 

Jeune réalisateur français d'origine espagnole ayant étudié le cinéma à Barcelone, Oliver Laxe signe avec ce premier long métrage une œuvre étrange et fascinante, qui n'a pas volé son Prix FIPRESCI. À l'instar de Je veux voir, La terre de la folie et maintes productions oscillant entre documentaire et fiction, film dans le film et récit autonome, autobiographie et projection fantasmatique, Vous êtes tous des capitaines propose une mise en abîme du processus créatif. Quelle est la séquence qui traduit le passage du reportage à la fiction, à moins qu'il ne faille inverser l'ordre du glissement ? Le cinéaste a-t-il lui-même connu des rapports conflictuels avec ces enfants de rue qui auraient été hermétiques à son projet ? Le dispositif, complexe et sophistiqué, aux multiples zones indéfinies, loin de rebuter, combine avec bonheur poésie et humanisme. « Le danger, c’était de tomber dans un discours néocolonialiste : un prof de cinéma qui veut « faire le bien » en donnant des cours d’optique à des orphelins… Du coup, je me suis donné le rôle du méchant qui se fait jeter de son propre film. » Évitant misérabilisme et démagogie, deux péchés mignons des récits sur l'enfance, cette œuvre expérimentale au noir et blanc sublime révèle un artiste inspiré.

CinémaS


1h18 - Espagne, Maroc - Scénario : Oliver LAXE - Interprétation : Oliver LAXE, Shakib BEN OMAR, Nabil DOURGAL.

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