Kaboom
de Gregg Araki
Sélection officielle
Hors compétition (Séance de minuit)
Queer Palm








Une sorte de nostalgie

Smith mène une vie tranquille sur le campus - il traîne avec sa meilleure amie, l’insolente Stella, couche avec la belle London, tout en désirant Thor, son sublime colocataire, un surfeur un peu simplet - jusqu’à une nuit terrifiante où tout va basculer. Sous l’effet de space cookies ingérés à une fête, Smith est persuadé d’avoir assisté à l’horrible meurtre de la Fille Rousse énigmatique qui hante ses rêves. En cherchant la vérité, il s’enfonce dans un mystère de plus en plus profond qui changera non seulement sa vie à jamais, mais aussi le sort de l’humanité.

Kaboom marque le retour du réalisateur à « un film de Gregg Araki à l'ancienne », après la réussite et le succès d'une œuvre plus consensuelle comme Mysterious Skin. D'un recit de campus traditionnel, et révélateur des clichés du teen movie (colocataire abruti, confidente taciturne, fantasmes de sexe et de drogues...), le cinéaste dérive vite vers le délire explosif, usant volontairement d'effets dépassés et de couleurs fluo criardes pour dépeindre un univers parallèle à celui de la raison de la bienséance... On retrouve ici toute une faune familière aux fans d'Araki, des minets défoncés aux lesbiennes romantiques, en passant par des extra-terrestres de caoutchouc, sans oublier les monstres trouble-fête, à l'instar de ces aliens reproducteurs s'introduisant ici chez leurs victimes par divers orifices...


On appréciera par ailleurs un hommage réjouissant à Lynch (celui de Twin Peaks plus que l'auteur de Mulholland Drive), sans que jamais la référence n'écrase (trop) le réalisateur. Bien au contraire, elle revivifie l'univers d'un artiste que l'on aurait pu croire sclérosé par son attachement à un univers adolescent. Car là où Larry Clarke ou Gus Van Sant (auteurs cultes au demeurant) restent dans un premier degré cohérent, l'ami Gregg se la joue visionnaire et décalé, assumant son plaisir de filmer la beauté de corps enlacés mais se permettant des digressions oniriques faussement poétiques, des rebondissements volontairement énormes et un dénouement nihiliste aux frontières du sublime et du grotesque. Les jeunes acteurs se meuvent avec bonheur dans ce trip excessif et fidèle à lui-même : Thomas Dekker en beau gosse déboussolé recherchant son identité sexuelle et son passé familial, sans avoir le charisme d'un Joseph Gordon Levitt, pourrait bien devenir une nouvelle icône du cinéma indépendant ; et la pulpeuse Juno Temple compose avec saveur une jeune femme fatale digne descendante de Baby Doll et Lolita. Présenté en Séance de minuit de la compétition officielle, Kaboom a justement remporté la Queer Palm, décernée pour la première année au film le plus gay friendly du Festival.

Gérard Crespo


1h28 - Etats-Unis - Scénario : Gregg ARAKI - Interprétation : Roxane MESQUIDA, Thomas DEKKER, Kelly LYNCH, Juno TEMPLE, James DUVAL..

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