Année bissextile
Leap Year
Año bisiesto
de Michael Rowe
Quinzaine des réalisateurs
Caméra d'or



Sortie en salle : 16 juin 2010




Amores calientes

Laura a vingt-cinq ans. Elle est journaliste, célibataire et habite un petit appartement à Mexico. Après une longue série d'aventures sans lendemain, Laura rencontre Arturo. La première fois qu'ils font l'amour, Arturo a pour Laura des gestes qui la bouleversent. Ils débutent une relation intense, passionnelle et sexuelle, où plaisir, douleur et amour se mêlent. Au fil des jours, qu'elle raye consciencieusement sur son calendrier, le passé secret de Laura refait surface, poussant Arturo à l'extrême.

Premier long métrage d'un dramaturge australien vivant au Mexique, cette perle sulfureuse, outre le fait de s'inscrire dans une mouvance récente (on songe à Bataille dans le ciel), révèle un auteur subtil et inspiré. Certes, le cinéma a filmé maintes fois des relations de couple crues voire sadomasochistes, de Dernier tango à Paris (Bernardo Bertolucci, 1976) à Antichrist (Lars von Trier, 2009), en passant par L'Empire des sens (Nagisa Oshima, 1976), Intimité (Patrice Chéreau, 2001), La Pianiste (Michael Haneke, 2001), sans oublier les œuvres chichiteuses de Catherine Breillat. Aussi, Année bissextile ne suscitera pas le même parfum de scandale que les films précités, et son interdiction aux moins de seize ans risque de porter à confusion : ceux qui viendraient se rincer l'œil en auront pour leurs frais, tant l'érotisme des situations est désamorcé par une ingratitude des corps et une violence glaciale mais somme toute contenue eu égard à la norme du cinéma contemporain.


Le récit est d'abord celui d'une grande solitude et la banalité du quotidien de Laura ne communiquant que par téléphone et mails (sauf avec son frère et ses amants de passage), donne lieu à une radioscopie semi burlesque, le cinéaste s'attachant à des petits riens, sans aller jusqu'à la radicalité déployée naguère par Chantal Akerman dans Jeanne Dielman (1975).

Prenant ensuite une autre piste, le scénario montre l'évolution de la protagoniste, la faisant dévier, subitement, vers une fantasmagorie qui n'est pas sans évoquer les frustrations de Belle de Jour (Luis Buñuel, 1966). Conjuguant linéarité, minimalisme de la narration et épure des plans, Michael Rowe se refuse à tout psychologisme, encore que le dénouement (que l'on se gardera de dévoiler), met un peu trop les points sur les i, dissipant un brin le mystère d'une idylle tant destructrice que salvatrice. C'est un détail, tant cet univers mental dégradant est traité avec finesse et donne envie de connaître la suite de l'œuvre d'un réalisateur qui n'a pas volé sa Caméra d'or.

Gérard Crespo


1h32 - Mexique - Scénario : Michael ROWE, Lucia CARRERAS - Interprétation : Monica DEL CARMEN, Gustavo SANCHEZ PARRA, Armando HERNANDEZ.

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