Pál Adrienn
Adrienn Pál
de Agnes Kocsis
Sélection officielle
Un certain regard
Prix FIPRESCI








Urgences hongroises

Seul film hongrois de la sélection Un certain regard de cette année, Pal Adrienn tranche radicalement avec les autres films d'Europe de l'Est – plus particulièrement roumains – qui y étaient présentés. Ici, pas d'exposition du couple qui se déchire pendant presque deux heures ou de plans-séquences interminables. Juste une histoire inhabituelle, étrange, d'infirmière obèse et malheureuse qui part à la recherche d'un passé qu'elle s'invente peut-être. Dans ce rôle hors normes, Eva Gabor, inconnue au bataillon, est stupéfiante. Elle incarne la détresse de cette femme avec une retenue rare et bienvenue. Car Pirotska, l'infirmière, ne parle que très peu. Son monde est celui du silence, perturbé par des bruits réguliers et stridents : écrans de contrôle à l'hôpital où elle surveille l'état de ses patients comateux, claquements qui résonnent de ses talons dans les couloirs, grincements des lits ou ronronnement du petit train de son mari, aussi ennuyeux que son emploi d'infirmièrel. Le travail sur le son est remarquable, chaque bruit éclatant avec une précision étonnante. De ce point de vue, le spectateur est souvent berné par une musique qu'il croit extradiégétique (par exemple quand elle regarde la télévision) alors qu'elle est intradiégétique (son mari l'écoutant dans la pièce d'à côté). Cette sorte de jeu sur les attentes du spectateur produit un effet de décalage grinçant, un humour noir et désespéré.

 


L'atmosphère étouffante du film rendue par ces cadrages oppressants, ces scènes vues et revues comme des refrains épousent son sujet. Pirotska est prisonnière de la routine, elle en perd son mari et risque d'en perdre son travail. Quand une nouvelle patiente arrive à son service (celui des comateux sans espoir de réveil), son nom, Pàl Adrienn, lui rappelle celui d'une amie d'enfance qu'elle va tout faire pour retrouver. Mais on s'aperçoit vite que cette fille était sûrement elle, du temps où elle était encore jeune et belle. Cette quête, d'emblée condamnée, semble trouver un écho sinistrement drôle dans ce plan, superbe, où la caméra détaille lentement la maquette de modélisme du mari de Pirotska, avant d'opérer un panoramique vertical la montrant en train de suivre le train des yeux. Tout est là, une boucle perpétuelle et qui ne peut dériver, un train prisonnier de son parcours. Les qualités de mise en scène et d'interprétation de ce film très fort mais très sombre font sans difficulté oublier ses quelques longueurs et les détails parfois sordides du milieu hospitalier. Quant à la fin du film, on se dit qu'il y a peut-être une lueur d'espoir bénéfique dans ce monde décidément pas joyeux.

Maxime Antoine


2h16 - Hongrie - Scénario : Agnes KOCSIS, Andrea ROBERTI - Interprétation : Lia POKORNY, Eva GABOR, Akos HORVATH.

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