Antichrist
de Lars Von Trier
Sélection officielle
Prix d'interprétation féminine - Charlotte Gainsbourg -
palme

Sortie en salle : 03 juin 2009




Le cas Chaos

Que peut-on imaginer de plus abyssale comme douleur que la mort accidentelle d’un jeune enfant, surtout quand celle-ci s’accompagne d’une surcharge de culpabilité ? Un enfant qui tombe d’une fenêtre pendant que les parents font l’amour dans la pièce à côté – rassurez-vous, ce point de départ n’est pas une révélation gênante pour le dernier film de Lars von Trier – va forcément mener le couple sur un chemin de deuil douloureux et difficile.
Sidérant est ce prologue d’Antichrist, dans une séquence aussi terrifiante que lyrique, utilisant toutes les nuances entre le noir et le blanc et un ralenti stupéfiant– plus lent que ça, c’est de l’arrêt sur image ! La musique de l’opéra Rinaldo de Haendel pourrait à elle seule faire pleurer un contrôleur des impôts dans l’exercice de ses fonctions.


Autant dire qu’après ce prologue, scotché au siège, on a envie d’aimer sans condition tout ce qui suivra tant on prend en pleines rétines du grand cinéma… Mais avant de revivre la même émotion esthétique durant l’épilogue qui reprend l’emphase poétique du prologue, il faudra accompagner Willem Dafoe (toujours aussi ambigu) et Charlotte Gainsbourg (fabuleusement habitée par une hystérie aussi fragile que forte en ce rôle qui lui vaudra le prix d’Interprétation Féminine) dans une descente aux enfers christique parfois aussi fumeuse que destructrice. Le mari est thérapeute et va s’occuper personnellement du travail de deuil que son épouse peine à effectuer avec un parcours plus traditionnel. Dans leur chalet Eden, isolé au plus profond d’une forêt, se trouve apparemment la source du Mal : la Nature. Mais d’une nature sauvage, liée au chaos – Maître Renard nous le soufflera – , on passe à une nature féminine, que le réalisateur de Breaking the Waves hésite à peine à faire apparaître comme coupable du péché originel et du désir charnel à combattre – ce dernier n’est-il pas à la fois responsable de la naissance de l’enfant et de sa mort ?… Il faudra bien que l’une (la mère) ou l’autre (le père) paie de sa chair la mort inacceptable et inexcusable d’un fils…
La maîtrise du cadre de Lars von Trier et son habilité à transformer ses névroses en plans aussi géniaux que « scandaleux », sans aucune roublardise dans ses délires et en laissant exprimer chez ses acteurs ce qu’ils n’ont pas donné ailleurs, laisse l’impression au sortir d’Antichrist d’une œuvre majeure dans le parcours du cinéaste.

Jean Gouny

 


1h44 - Danemark, Allemagne, France - Scénario : Lars VON TRIER - Interprétation : Willem DAFOE, Charlotte GAINSBOURG,

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