De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites
The Effect of Gamma Rays on Man-in-the-Moon Marigolds
de Paul Newman
Cannes Classics
palme


Sortie en salle : 30 mai 1973
Reprise : 10 septembre 2008





Les réalisations de Paul Newman oscillent entre un classicisme (L'Affrontement, La Ménagerie de verre) et une modernité davantage représentative d'un certain cinéma indépendant des années 70.
Comme son contemporain Robert Redford, il préfère casser son image glamour de séducteur en filmant des personnages écorchés en proie au doute et à la névrose dans des productions éloignées du confort narratif et visuel hollywoodien.
Dirigeant son épouse, la sublime Joanne Woodward, il lui confie l'une de ces prestations qui suffisent à illuminer une vie d'actrice : elle y incarne Béatrice, divorcée quadragénaire qui vivote en sous-louant son appartement à des êtres encore plus paumés qu'elle. Allumant cigarette sur cigarette (le tabagiquement correct ne sévissait pas encore à l'écran), elle trompe son ennui en consultant d'improbables annonces matrimoniales et en s'occupant, tant bien que mal, de ses deux filles. La plus jeune poursuit des recherches relatives à l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites...
Le charme fou qu'exerce cette adaptation d'un roman se poursuit bien après la projection. Newman prend le temps de filmer les petits moments de l'existence et les bizarreries du quotidien (désopilante séquence d'une voisine entrevue par la fenêtre et que l'on croit morte alors qu'elle s'est assoupie).

L'humour noir ou pince-sans-rire accompagne les situations les plus sordides sans les esquiver, à l'instar de la scène de l'ivresse lors de la remise des prix scolaires. Mais le plus beau moment est peut-être le passage où Béatrice, en transe sur une colline, est abordée par un policier qui s'avère être un ancien camarade de lycée : les quelques minutes de dialogues suffisent à évoquer le fossé qui les sépare mais aussi les désillusions accumulées toute une vie.
Portrait d'une enfant déchue ? Cette œuvre s'inscrit en fait dans la lignée d'un certain cinéma de la femme américaine des seventies : en passant de la transe à l'hystérie, sans céder aux sirènes du cabotinage Actor's studio, Woodward compose un personnage proche de celui d'Ellen Burstyn dans Alice n'est plus ici ou surtout de Gena Rowlands dans Une femme sous influence. Ces actrices ont toutes interprété des personnages borderline, typiques des frustrations et anomies d'une période de révolution féministe.

Gérard Crespo

 

 


1h40 - 1972 - Etats-Unis - Scénario et dialogues : Alvin Sargent - Photo : Evan Lottman - Musique : Maurice Jarre - Montage : Angela Corrao - Décor : Richard Merrell - Interprétation : Joanne Woodward.

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