Secret Sunshine
Milyang
de Lee Chang-dong
Sélection officielle
Prix d'interprétation féminine / Lee Chang-dong
palme




Après le fulgurant Oasis (2002), ce film, en dépit de quelques longueurs, confirme le talent de cinéaste de Lee Chang-dong, fin lettré et ancien ministre de la culture de la Corée du Sud. Il révèle en outre une grande actrice asiatique, Jeon Do-yoon, favorite incontestable (et lauréate) du prix d'interprétation féminine, et qui compose un personnage borderline dans la lignée de l'Adjani d'Adèle H, et de Gena Rowlands dans Une femme sous influence.
Le pari n'était pas gagné d'avance : un récit qui prend son temps, des ruptures de ton déconcertantes, des scènes de comédie dans des séquences dramatiques (le meurtre d'un enfant), des retournements de situation qui chez d'autres cinéastes paraîtraient grotesques. Et pourtant, le spectateur sera subjugué, pour peu qu'il veuille bien pénétrer les portes d'un univers singulier.
Accompagnée de son fils, une veuve retourne dans la ville natale de son mari et entame un travail de deuil difficile, mal intégrée à la population locale. Le kidnapping et la mort de son enfant la feront sombrer dans la piété stérile, la solitude et la folie. A mi-chemin entre le film d'auteur et le drame populaire, Secret Sunshine est le meilleur exemple de ce cinéma « du centre », cher à Pascale Ferran, et qui explore la veine intimiste de la déroute des sentiments (les ombres de Truffaut ou de Lars von Trier hantent la projection.)


L'œuvre regorge de séquences déjà d'anthologie : la bifurcation vers le thriller, quand l'héroïne cherche à déposer sa rançon, les obsèques de l'enfant, les prières avec un groupe de paroissiens en transe, la scène de pardon dans une prison et surtout un passage incroyable qui voit le sabotage d'un rassemblement religieux en plein air. Si ce portrait de femme blessée est tant décapant et poignant, le réalisateur n'oublie pas de soigner toute une galerie de personnages secondaires qui loin de jouer la carte du seul pittoresque sont des éléments clefs de la narration : un couple de pharmaciens animant des prières catholiques comme d'autres des réunions Tupperware, une belle-mère hystérique, et surtout un amoureux éconduit, véritable fil conducteur du récit, prêt au pires compromissions pour conquérir le coeur de la belle.
Si le dérapage des personnages contraste un peu avec le (faux) classicisme de la mise en scène, Secret Sunshine ne laissera pas indifférent et sera à classer au rayon « cinéma de la démence » d'une cinémathèque, dans la lignée de Mortelle randonnée et autres Pillow Book.

Gérard Crespo

 


2h22 - Corée du sud - Scénario et dialogues : Lee Chang-dong - Photo : Yong-Kyu Cho - Décors : Jeom-Hui Sihn - Musique : Christian Basso - Montage : Hyun Kim - Son : Hai-Jin Yoon - Interprétation : Do-Yeon Jeon, Kang-Ho Song.

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