Savage Grace
de Tom Kalin
Quinzaine des réalisateurs
palme



Adaptée d'un best-seller lui-même inspiré d'un fait divers qui défraya la chronique, cette œuvre sulfureuse et élégante est d'abord un festival Julianne Moore. Il faut le dire : cette actrice est l'une des plus belles et passionnantes du cinéma américain. Loin de se complaire dans une extraversion de type Actors Studio (voir les pathétiques prestations de Rachel Weisz et Natalie Portman dans le dernier Wong Kar Wai), Julianne émeut par son jeu sobre et suggestif qui n'a d'égal que celui de notre Huppert nationale. Le rôle se prêtait pourtant aux pires excès. Propulsée dans la jet set par un mariage bourgeois, Barbara Daly ne semble pas à la hauteur de son rang et commet gaffes sur gaffes dans les soirées mondaines. La naissance de son fils unique casse le lien fragile de son mariage. Le rapprochement malsain avec son enfant et les infidélités de l'époux entraînent ineroxablement l'héroïne sur la voie d'une tragédie décadente.
Ce scénario de mauvais mélo amène une œuvre passionnante, moins par la virtuosité de la mise en scène (un classicisme assumé sous fond d'imagerie léchée qui fait office de minimum syndical) que par ses ruptures de ton peu fréquentes dans le cinéma américain d'acteurs.


Tout est dans le décalage : entre la sérénité de la voix-off et le malaise des situations, entre la splendeur du décor luxieux et la crudité de certaines actions, entre les dialogues policés et la violence des sentiments. Les séquences françaises, qui ne sont pas sans rappeler Bonjour tristesse, sont des plus saisissantes : l'enfermement dans la splendide villa est le lieu du déclin moral et de la perte de Barbara, dès lors que saute le verrou des tabous fondateurs. Le vernis social explose, et c'est toute une classe sociale qui semble à la dérive, à l'instar des récits de Pinter filmés par Losey ou des Damnés de Visconti, référence récurrente de l'œuvre. Le dénouement londonien hantera les mémoires, par ce plan du fils grignotant un plat de restauration rapide sous l'oeil impassible d'un policier.
Œuvre d'un nouvel auteur ou réussite isolée d'un honnête artisan ? La suite de la filmographie de Tom Kalin permettra de vérifier si l'on doit compter sur un nouveau talent.

Gérard Crespo

 


1h37 - Espagne / USA / France - Scénario : Howard A. Rodman adapté de « Savage Grace » de Natalie Robins et Steven M.L. Aronson - Photo : Juanmi Azpiroz - Décors : - - Musique : Fernando Vélazquez - Montage : Tom Kalin, John F. Lyons, Enara Goicoetxea - Son : Juan Borrell, Bela da Costa, Jaime Fernandez - Interprétation : Julianne Moore, Stephen Dillane, Eddie Redmayne, Elena Anaya, Belén Rueda, Unax Ugalde.

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