Vol 93
United 93
Paul Greengrass
Sélection officielle
Hors compétition


très content


La perspective d’un film américain relatant les attentats du 11 septembre quatre ans seulement après la tragédie pouvait laisser présager le pire : manque de recul, sensationnalisme, discours simplificateur et nationaliste, chantage aux sentiments… Il n’en est rien. La raison principale est sans aucun doute le choix par Universal de Paul Greengrass. Le réalisateur britannique adopte ici la démarche sobre de son film Bloody Sunday, reconstitution dans un style documentaire de la répression d’une marche pacifique en Irlande.
Sur le plan de la véracité des faits, Vol 93 est basé sur des documents d’archives nationales et sur de nombreux témoignages de contrôleurs aériens, d’employés civils ou militaires et des familles des 40 victimes du Vol 93, lesquelles ont été associées au projet. Ce souci de réalisme cautionné par des personnes encore en deuil aurait pu laisser craindre un film aseptisé, platement illustratif, à l’instar de ces reportages télévisés conventionnels et sans âme. Là encore, les appréhensions sont déjouées, par un montage intelligent et une maîtrise totale de la mise en scène.
On se croirait d’abord dans un film choral à la Robert Altman tant la profusion des personnages et des lieux semble présenter un puzzle qui s’assemble sous nos yeux. Il faut ici louer le réalisateur d’avoir refusé le glamour hollywoodien et  choisi des acteurs inconnus. Ici, nul Bruce Willis ou Tom Cruise pour jouer les héros ou susciter le pathos chez le spectateur.

Des écrans de la Tour de contrôle à la vue panoramique sur les Twin Towers, des images de CNN aux rituels des embarquements, nous suivons avec attention en temps réel des événements pourtant maintes fois relatés sur les chaînes de télévision.
Rappelons que le Vol 93 était l’un des quatre avions des attentats et le seul à avoir raté sa cible (la Maison blanche) sous la résistance des passagers et du personnel de bord. La deuxième partie du film, concentrée autour de l’intérieur du Boeing, est saisissante. Aucun film de catastrophe aérienne (et certainement pas le poussif État second) n’avait tant donné l’illusion d’enfermement et de montée de tension dramatique, même si nous connaissons ici l’issue de la tragédie. La perfection technique est d’autant plus remarquable que Greengrass n’utilise quasiment pas les effets spéciaux  souvent appelés en renfort dans ce genre de production.
« Les films n'ont pas seulement vocation à faire rire ou à nous transporter dans des ailleurs merveilleux. Il ne faut pas négliger notre monde et sa réalité. En portant son regard sur un événement particulier, un cinéaste peut y voir quelque chose qui dépasse le cadre de cet événement et touche l'essence de la société. », déclarait le cinéaste à la conférence de presse.  Ce refus d’une vision imaginaire n’est pas l’aveu d’une impuissance créative mais le souci de conforter ce qui est peut-être un nouveau genre de cinéma : le néo-réalisme d’action.

Gérard Crespo

1h51 - G.-B. - Scénario, dialogues : Paul Greengrass - Photo : Barry Ackroyd - Décors : Alan Gilmore - Musique : John Powell - Montage : Clare Douglas, Richard Peason, Christopher Rouse - Interprétation : J.J. Johnson, Gary Commock, Polly Adams.

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