Le Caïman
The Caiman
Il Caimano

Nanni Moretti
Sélection officielle

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Cinq ans après la Palme d’or attribuée à La Chambre du fils, Nanni Moretti revient sur la Croisette avec un brûlot anti-Berlusconi qui fit sensation à sa sortie en Italie.
Bruno (Silvio Orlando), producteur de cinéma raté, souhaite redorer son blason  en confiant à une jeune scénariste (Jasmine Trinca, lumineuse) la réalisation d’un thriller qui  s’avère relater l’ascension du Cavaliere. La méfiance des financiers et des acteurs mettra à mal le projet, surtout lorsqu’un comédien de renom préfèrera tourner une série Z du film d’aventures plutôt que de prendre un risque. En parallèle, nous suivons les déboires conjugaux de Bruno qui tente avec maladresse de retrouver l’amour de son épouse (l’énergique Margherita Buy). La cohabitation des problèmes politiques, professionnels et sentimentaux est ici traitée avec finesse et la drôlerie de certaines séquences non indispensables en apparence au scénario (le repas à la campagne)  permet à Moretti d’éviter la lourdeur démonstrative.
Des extraits de documents d’archives permettent d’avoir un aperçu des déclarations du politicien raillé par Moretti, du député européen traité de « kapo » aux propos où Berlusconi se présente en victime et affirme n’avoir de compte à rendre qu’à ses électeurs.

Le réalisateur déclare vouloir retrouver la veine du grand cinéma politique italien des années 70, celui des Rosi, Petri et autres Bellochio ; et il est vrai que ce portait au vitriol est plus proche de la rigueur de Cadavres exquis que du populisme de Fahrenheit 9/11. Pourtant, c’est du côté de la comédie italienne qu’il faut aussi chercher les sources d’inspiration du Caïman et Bruno évoque les personnages un peu déjantés des œuvres de Scola (Drame de la jalousie).
Les dernières séquences qui montrent "le film dans le film“ sont les plus fortes. Nanni  Moretti lui-même incarne l’acteur qui joue Berlusconi. Le ton se veut grave et lyrique et l’on entrevoit le saisissant polar que Le Caïman aurait pu être.
Film citoyen et film de cinéma tout court, cette œuvre injustement oubliée du palmarès cannois est donc l’un des sommets de la filmographie de Moretti.

Gérard Crespo


1h52 - Italie - Scénario, dialogues : Nanni Moretti, Federica Pontremoli, Francesco Piccolo - Photo : Arnaldo Catinari - Décors : Giancarlo Basili - Musique : Franco Piersanti - Montage : Esmeraldi Calabria - Interprétation : Silvio Orlando, Margherita Buy, Jasmine Trinca, Nanni Moretti, Elio de Capitani.

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