Babel
Alejandro Gonzàlez Iñàrritu
Sélection officielle
Prix de la mise en scène
Prix du jury œucuménique

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Babel fut sans conteste la Palme du public de ce Festival. Il nous invite à un voyage aux trois coins du monde, à la rencontre de personnages attachants, autour d’un thème – l’incommunicabilité, la peur des différences – qui nous touche tous. Mais, et là est la contradiction, pour lui réserver cet accueil si chaleureux, il faut essayer d’occulter que son réalisateur est aussi celui d’Amours chiennes et de 21 grammes. Changeant radicalement de style, abandonnant l’audace et l’originalité qu’on lui connaissait, Alejandro González Iñárritu livre une grande fresque, un vrai beau film, formaté pour le Festival, voire pour la Palme, au cas où le jury décide de la jouer sage et classique.
Les premières images s’ouvrent sur les montagnes de l’Atlas, près de Ouarzazate, où des petits chevriers voulant s’entraîner à tirer le renard, visent à l’occasion un car de touristes. Changement d’univers radical, nous sommes transplantés dans une villa chic de San Diego, où deux petites têtes blondes sont choyées et gardées par une nounou mexicaine. Nouveau dépaysement, puisque nous partons pour les quartiers urbains de Tokyo à la rencontre d’une jeune fille muette en mal d’amour.


Tous ceux-là sont confrontés à un deuil – d’un enfant, d’un pays, d’une mère – qui les rend vulnérables ainsi qu’à la difficulté de parler de leur mal-être à leurs proches. A partir d’eux vont bien sûr se tisser des liens, quelquefois d’ailleurs un peu “tirés par les cheveux”, pour se fondre dans une seule histoire (c’est bien le seul parallèle que l’on puisse faire avec Amours chiennes), où le handicap à échanger et à partager ne fera que grandir lorsqu’ils seront confrontés à l’autre, à l’étranger.
Au fil du temps, aussi anodines qu’elles paraissent à l’origine, les situations s’enveniment, atteignent un crescendo apparemment sans issue, puis, alors que les tensions retombent, les êtres évoluent vers autre chose qui pourrait ressembler à une nouvelle vie, à une deuxième chance.
Comme pour illustrer son propos, Alejandro González Iñárritu a opté avec bonheur pour un casting mêlant comédiens confirmés et non professionnels, maniant brillamment une caméra qu’il sait adapter à chaque lieu et à chaque atmosphère pour des images belles sans jamais être esthétisantes.

Marie-Jo Astic


2h22 - Mexique - Scénario, dialogues : Guillerma Arriaga - Photo : Rodrigo Prieto - Décors : Brigitte Broch - Musique : Gustavo Santaolalla - Montage : Stephen Mirrione - Interprétation : Brad Pitt, Cate Blanchet, Gael Garcia Bernal, Koji Yakusho, Adriana Barraza, Rinko Kikuchi, Boubker Ait el Caid, Said Tarchani.

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