Free Zone
Amos Gitaï
Sélection officielle
Prix d'interprétation féminine pour Hanna Laslo

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La « free zone » est un espace de libre échange sur le territoire jordanien : ici, différentes langues se cotoient et l’on vient discuter affaires, les nationalismes étant évacués. Dans ce temple de « l’exception commerciale », trois femmes vont se découvrir, s’apprivoiser, et ébaucher une amitié.
La première séquence est la plus belle : un long plan fixe magnifique montre une jeune femme en pleurs, à l’arrière d’une voiture. Par la fenêtre, nous apercevons des silhouettes dont certaines sont en uniforme. Le son égrène les strophes d’une jolie comptine israélienne évoquant le cycle infernal de l’oppresseur et de l’opprimé. Natalie Portman interprète ici Rebecca, américaine qui vient de rompre avec son fiancé espagnol, et qui désire partir n’importe où, afin semble-t-il de se ressourcer. Décomposée de tout vernis social et hollywoodien pour n’être plus qu’un sanglot, l’actrice pourrait sembler aussi déplacée qu’Ingrid Bergman dans Stromboli mais tel n’est pas le cas, tant l’émotion est forte alors que nous ignorons encore les circonstances qui ont mené cette femme dans une région si sensible.
Le road-movie peut alors commencer et Natalie se fait quelque peu voler la vedette par Hanna Laslo, sorte de Balasko israélienne, dans le rôle de Hanna, chauffeur de taxi. Cette femme tonitruante et généreuse doit se rendre dans la « free zone ». Le long trajet sera semé de mesquineries policières et d’embûches diverses : contrôles de passeports méticuleux, interrogatoires suspicieux et paranoïaques et, sur la fin, incendies criminels, qui révèlent, dans tous les camps, l’ombre de la violence et du fanatisme.

Le voyage permet aussi un dialogue savoureux entre les deux protagonistes, qui dévoilent progressivement des pans de leur vie et de leur famille. Ainsi, Rebecca dont le père est Juif, est-elle en quête de ses origines ; quant à Hanna, elle supplée son époux, blessé dans un attentat à Jérusalem. Celui-ci est mêlé à une obscure mais légale vente de voitures blindées destinées à une société de protection en Irak. Un « américain » de la « Free Zone » lui doit ainsi une importante somme d’argent.
L’entrée en scène d’un troisième personnage, Leila (Hiam Habbas, aperçue dans La Fiancée syrienne) enrichit ce subtil portrait de femmes. Elle est Palestinienne et leur annonce que l’“américain”, qui n’est autre que son mari, a disparu depuis plusieurs semaines. Elle entreprendra alors un petit bout de chemin avec Rebecca et Hanna. Une séquence réussie montre les trois femmes installées à l’avant de la voiture, fredonner un air écouté à la radio, tendre l’oreille au flash d’information recommandant la prudence face à un risque d’attentat, avant de poursuivre leur chanson…
En apparence seulement, Free Zone apparaîtra comme mineur dans la filmographie de l’auteur de Kadosh et Kedma. C’est l’un de ses films les plus aboutis pourtant sur le plan de la mise en scène, malgré (ou grâce à) une économie de moyens qui fait de Free Zone une épure, dans la lignée des grands Kiarostami. Amos Gitai réussit une œuvre politique humaniste et féministe, sans jamais sombrer dans les pièges du film à thèse.

Gérard Crespo


1h34 - Israël - Scénario, dialogues : Amos Gitaï, Marie José Sanselm - Photo : Laurent Brunet - Décors : Miguel Makrin - Son : Michel Kharat, Alex Claude, Stéphane Thiebaut - Montage : Isabelle Ingold - Interprétation : Natalie Portman, Hanna Laslo, Hiam Abbass, Carmen Maura, Aki Avni.

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