La Porte du soleil
Gate of Sun - Bab el chams

Yousry Nasrallah
Sélection officielle
Hors compétition




Au commencement était la Palestine, et commençait l'histoire de Younès, dit Abou Salem, dit l'Homme, dit le père d'Ibrahim, combattant les Anglais à 16 ans, combattant depuis toujours, mais retranché au Liban, et clandestin dans son propre pays. Commençait aussi l'histoire de Nahila, sa femme mariée à lui à 12 ans, qui allaitera leur premier-né lors des marches épuisantes des villageois en route pour le Nord, fuyant leurs maisons incendiées. C'est aussi l'histoire du père de Younés, Cheik Ibrahim, le vieil aveugle qui connaissait la place du soleil en respirant les arbres le long des chemins de l'exil. C'est également l'histoire du docteur Khalil, abandonné par sa mère dans le désordre des camps, et celle de Chams que Khalil aimait, et qui fut exécutée par ses compagnons d'armes.

Vaste fresque s'étalant sur plus de 4 heures, et découpée en deux parties, cette adaptation d'un roman évite le piège du téléfilm de luxe par un récit non linéaire, reposant sur une déstructuration de la chronologie. Des combats contre les Britanniques en Galilée (1943) aux huis-clos du camp palestinien de Chatila au Liban, le récit effectue des allers et retours, en se concentrant sur quelques personnages récurrents, les plus attachants étant Younès, le résistant des origines, Nahila, grande figure féminine (admirable Rim Turki), et Khalil, le révolutionnaire inspiré de la contre-culture marxiste des années 60.

La première partie est la plus émouvante et réussie : la sensualité des retrouvailles entre Younès et Nahila, la marche de l'exil ou les conflits avec la mère (l'exquise Hiam Abbass), aboutissent à des séquences de qualité. La puissance du film s'affaiblit un peu dans le second volet, où l'incongruité du casting et des personnages (Béatrice Dalle en comédienne française venant jouer une pièce de Genêt au Liban !) est combinée à une certaine répétitivité des enjeux dramatiques.

Certains regretteront le manichéisme du scénario, ouvertement pro-palestinien (encore que le rôle de l'OLP y est ouvertement critiqué), et manquant sans doute de rigueur historique. Si l'objection n'est pas infondée, on remarquera que le cinéaste a le mérite de ne pas se limiter au plaidoyer politique et de mêler les affres du mélodrame et de la tragédie (choix cornéliens, jalousies sentimentales, évocation de l'amour et de l'amitié...) à la dénonciation politique.

Sans atteindre le lyrisme romanesque de 1900 ou Nos meilleures années, La Porte du soleil est donc une authentique vision de réalisateur, tout en assumant le genre du cinéma populaire.

Gérard Crespo


4h38 - Egypte, Maroc, France - Scénario, dialogues : Yousry Nasrallah, Elias Khoury, Mohamed Soueid - Photo : Samir Bahsan - Montage : Luc Barnier - Musique : Tamer Karawan - Interprétation : Rim Turki, Hiam Abbas, Orwa Nyrabia, Bassel Khayat, Hala Omran, Bassem Samra, Béatrice Dalle.

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