Mon ami Machuca
Andrés Wood
Quinzaine des Réalisateurs
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Machuca est la reconstitution d'une chronique de la vie de Santiago, pendant les dernières semaines du régime du Président Allende.
L'inspiration autobiographique du projet ne fait pas de doute puisque le cinéaste, qui avait huit ans en 1973, a puisé dans ses souvenirs la source du scénario. Gonzalo Infante et Pedro Machuca sont deux collégiens qui nouent une amitié dans une institution catholique réputée. Le premier est un fils de la bourgeoisie locale, élevé dans les beaux quartiers par une mère oisive et volage et par un père “gauche caviarî indulgent. Le second vit dans un bidonville et a intégré l'école grâce à une politique éducative de brassage des milieux sociaux encouragée par le gouvernement et appliquée à la lettre par un prêtre humaniste.
Cette promiscuité sociale et ethnique, qui reposait sur un postulat optimiste, suscite la méfiance de la bonne société bornée dans ses certitudes idéologiques. Ce contexte historique est traité avec finesse et nuance, même si certains personnages sont typés, tels le fiancé fascisant de la sœur de Gonzalo ou les parents d'élèves réactionnaires plus férus de bondieuserie que d'égalité des chances.

L'amitié entre le riche et le pauvre est filmée sans sensiblerie et donne droit à des séquences réussies : l'embarras du petit bourgeois dans les toilettes du bidonville, la bienveillance de sa mère découvrant le petit Machuca dans la chambre de son fils et l'acceptant sans problème en dépit de ses préjugés sociaux ou encore les gamins passant d'une manif anti-Allende à une autre de ses partisans pour vendre des drapeaux.
Comme l'iceberg de Titanic, Pinochet et ses sbires font sombrer tout ce petit monde mais ici, seules les masses trinqueront. Gonzalo échappe de justesse à une razzia militaire grâce à ses vêtements chics, quand Machuca voit sa sœur assassinée par un sous-officier.
Œuvre délicate qui réussit à concilier étude de mœurs intimiste et témoignage historique, Machuca est le troisième long métrage de Andrés Wood, qui signe un beau portrait d'enfants, dans la lignée de Louis Malle (Au revoir les enfants) et Comencini. On attend avec intérêt la suite de la filmographie de ce cinéaste classique sans être académique.

Gérard Crespo


2h - France/Espagne/Chili - Scénario : Roberto Brodsky, Mamoun Hassan, Andrés Wood - Photo : Miguel J. Littinr - Montage : Fernando Parod - Musique : Miguel Angel Miranda, José Miguel Tobar - Interprétation : Matias Quer, Ariel Mateluna, Manuela Martelli.

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