La Pianiste
The Piano Teacher
Michael Haneke
Sélection Officielle
Grand Prix du 54e Festival
Prix d'interprétation
féminine et masculine


 

Le réalisateur a transposé à l’écran le roman éponyme d’Elfriede Jelinek. Derrière la description d’un cas pathologique se lit la dénonciation de la place fondamentale de la "Haute Culture" musicale autrichienne : l’Autriche idolâtre les grands compositeurs qu’elles a autrefois rejetés lorsqu’ils étaient vivants ; pour servir cette Culture, les professeurs de piano jouent les rôles subalternes : passeurs dévoués au passé musical. « La Haute Culture est le Maître. Les professeurs de piano sont les esclaves. Aucune force créatrice ne leur est accordée… » énonce la romancière dans un document de présentation du film de Haneke.
Les rapports de nature sadomasochiste entre cette Haute Culture musicale et ses serviteurs se déclinent en autant de situations vécues par les trois personnages du film. Ils prennent corps dans la mise en scène et dans la mise en cadre des corps qui montrent :
- les rapports tyranniques entre une mère (formidable Annie Girardot) et sa fille Erika, professeur de piano (Isabelle Hupert) ;
- les rapports tyranniques entre ce professeur et ses élèves, et Walter, un élève en particulier (Benoît Magimel) ;
- les rapports sexuels entre une maîtresse masochiste (Erika) et son amant (Walter) qui ne sait pas se conduire en sadique, tel qu’elle le souhaiterait. Walter sait mal jouer ce rôle et lorsqu’il est poussé à le vivre, il fait très mal.

Finalement, pour Erika, « … le droit de choisir un homme, et par surcroît de lui ordonner comment la torturer – la domination dans la soumission – ne lui est pas accordée » dit encore Jelinek.
Toutefois, le spectateur (voyeur par définition) ne verra pas grand-chose : les rapports sexuels se déroulent hors champ, dans les marges latérales de l’image ou dans cette sixième partie du hors champ, située dans le champ, derrière l’obstacle
d’un corps ! Il ne saisira donc rien sauf les émotions qui animent les visages des comédiens. Il entendra le seul contenu intense de leurs dialogues. Cette tension fait la force du film de Haneke dont les images sont parfois insoutenables, comme cette scène d’auto-mutilation que s’inflige Erika.
Si je fais mienne cette citation dont j’ai oublié l’origine, « La pornographie c’est l’érotisme des autres », la seule scène "porno-érotique" se déroule sur l’écran d’une cabine de sex-shop dans laquelle Erika, après les cours qu’elle donne au Conservatoire, vient se défouler… La pianiste visionne la vidéo d’une généreuse fellation. S’il y a quelque chose d’osé dans ce moment ce n’est évidemment pas dans les quelques images subreptices et autres soupirs, mais dans le geste de la voyeuse : elle se saisit d’une main gantée de pécari d’un kleenex "foutraqué" (terme trouvé dans Libération du 15 mai) abandonné par un précédent client et le renifle…
Mais la véritable obscénité n’est-elle pas ailleurs, hors le film, dans l’Autriche réelle d’aujourd’hui ?

André Menguy.


2h09 - Autriche - Scénario et dialogues : Michael Haneke - Images : Christian Berger - Montage : Monika Willi - Décors : Christoph Kanter - Interprètes : Isabelle Huppert, Annie Girardot, Benoît Magimel, Anna Sigalevitch, Susanne Lothar, Udo Samel.

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